Le sénat |
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| Salut Auguste c'est Estelle, Je voudrais que tu m'expliques ce qu'est le Sénat à Rome, quelle est sa fonction, qui le dirige, qui l'a fondé, bref je voudrais que tu me racontes ce que c'est. Te remerciant par avance. |
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| L'Empereur César Auguste à Estelle, salut. Lorsque l'on m'invite à expliquer ce qu'est le Sénat, je ne puis m'empêcher de me rappeler avec tendresse du jour de ma prise de toge virile. J'étais encore dans les premières années de l'adolescence, mais le divin Jules César avait convaincu ma mère qu'il fallait anticiper le plus possible mon passage officiel à l'âge adulte. Il voulait évidemment que je commence au plus vite la carrière publique, afin de me préparer, sous son guide, à agir dans la direction du vaste programme de réformes qu'il avait entrepris. Comme tu le sais, la prise de toge virile était l'événement le plus important dans la vie d'un jeune Romain, puisque cette cérémonie le faisait solennellement passer du monde des enfants à celui des hommes, en lui faisant conséquemment acquérir tous les devoirs et les droits d'un citoyen. Cela se passait devant les autels des dieux et au Forum, au cours d'une série de rites, de formalités et de réjouissances qui avaient un caractère religieux, civil et familial et qui étaient suivis par un très grand nombre de personnes. Parmi eux, les parents les plus étroits et les meilleurs amis aimaient accompagner leurs voeux à l'adresse du nouveau citoyen par des cadeaux personnels. Dans mon cas, au delà de ma famille et du groupe très uni de mes amis, il y avait une affable participation de représentants de la gent Octavia, à laquelle j'appartenais, et des gens Attia, de ma mère, Marcia, de mon beau-père, et Julia, de la noble descendance de Vénus et d'Énée. Mais les places d'honneur avaient été occupées avec nonchalance par plusieurs sénateurs, qui avaient voulu se montrer en public bien sachant que j'étais particulièrement aimé par César. Tout ce joli monde était accompagné par la foule des clients des différentes familles, et cela entraînait inévitablement la présence de bien d'autres flâneurs et badauds qui ne manquent jamais dans ces circonstances. J'avais donc enfin ôté de mon cou la bulle d'or remplie d'amulettes sacrées qui m'avaient protégé tout le long de mon enfance, et j'en avais délicatement déposé le contenu sur l'autel, avec les autres offrandes réservées à la divinité. Je m'étais ensuite dépouillé de la prétexte, la toge ourlée de pourpre portée par les enfants, et je me préparais à la remplacer par la toge blanche, le vêtement traditionnel et majestueux des citoyens romains. C'est alors que nous arrivâmes au clou de la cérémonie. Je me trouvais debout devant tous, en position surélevée, revêtu seulement du laticlave, la légère tunique ornée par une large bande de pourpre. A ce point là, quand tout le monde suivait ce qui se passait avec la plus grande attention, en scrutant tous les détails à la recherche d'un signe surnaturel qui aurait pu me présager un futur faste ou néfaste, voilà qui arriva l'inimaginable. Ma tunique, qui était évidemment mal cousue sur les épaules des deux côtés, céda soudainement et tomba à mes pieds, en me laissant nu comme un ver face à tout le monde. J'aurais éclaté de rire si je n'avais pas tout de suite remarqué l'air affligé qui se répandait sur tous les visages, accompagné d'un «oooh!» à peine étouffé, comme s'il y avait eu l'évidence d'un destin très malheureux qui m'attendais. Mais je savais parfaitement que je n'avais rien à craindre de la Fortune. Je réagis alors instinctivement en donnant une autre interprétation de ce drôle incident. Je piétinai un peu la tunique et je dis en souriant: «Je mettrai sous mes pieds la dignité sénatoriale!». Cette phrase ayant eut l'effet d'une véritable vaticination, la plupart des présents en conclut que l'ordre sénatorial, dont le laticlave était le signe distinctif, aurait dû à l'avenir se soumettre à ma volonté. Et cette perspective les rendit évidemment encore plus préoccupés que quand ils avaient imaginé que tous les malheurs seraient retombés seulement sur ma tête. Cette anecdote démontre clairement que le Sénat était descendu, à cette époque, à un tel niveau de bassesse, qu'il était jugé absolument méprisable même par un très jeune patricien – tel que je l'étais – naturellement destiné à accéder assez vite à cette illustre assemblée. En effet la phrase que j'avais prononcé comme une boutade, n'était pas seulement la plaisanterie nerveuse d'un adolescent en embarras, mais l'expression d'une profonde rancune causée par l'attitude inique et factieuse que le Sénat avait assumé très peu d'années auparavant contre César. Son hostilité préconçue et obstinée l'avait alors induit à voter le décret aberrant par lequel le pacificateur de toutes les Gaules était déclaré ennemi public, et la République était conséquemment abandonnée à la plus absurde des guerres civiles. Heureusement le divin César avait su faire valoir très rapidement ses bonnes raisons, et il avait ainsi pu redevenir consul onze ans après son premier consulat, c'est-à-dire dans le plein respect du terme de dix ans établi par la loi. Et voilà que, tout d'un coup, les sénateurs avaient commencé à le flatter en lui proposant des honneurs démesurés, pour essayer de sauvegarder une partie de leurs privilèges personnels grâce à leur opportunisme et à leur ignoble adulation. Tu me demandes donc ce qu'était le Sénat. A mes yeux, il s'agissait d'une assemblée de personnes dont il fallait se méfier, parce qu'elles avaient démontré d'être prêtes à tout tant qu'il s'agissait de défendre leurs propres intérêts. J'en eus par la suite la plus terrible des confirmations. Ces mêmes sénateurs qui avaient gardé une attitude tellement hypocrite vis-à-vis de César, en le recouvrant de louanges et de pouvoirs, jusqu'à lui attribuer une inutile «dictature à vie» (mon père a toujours voulu déposer ses dictatures peu de jours après les avoir assumées), avaient enfin révélé tout leur funeste égoïsme par le crime sacrilège qui se consomma en plein Sénat, avec l'instigation, la participation, la complicité et la satisfaction des sénateurs eux-mêmes. Naturellement le Sénat n'a pas toujours été ainsi. J'en ai déjà parlé dans cette correspondance, et je ne vais pas le répéter ici. Tu pourras trouver les données essentielles dans la lettre qui est placée sous le titre «Deux questions». Le Sénat était resté, pendant presque six siècles, à la hauteur de sa très grande renommée, et il avait à juste titre été défini comme une «assemblée de rois», tant de noblesse, de sagesse et d'équité se dégageait de chacun de ses membres. L'efficacité de sa gestion de la République, soit pour la politique intérieure que pour les relations extérieures, est d'ailleurs démontrée par les extraordinaires résultats atteints par le peuple romain. C'est pour cette raison que, lorsque je suis devenu censeur, avec Marcus Agrippa, et puis «prince» du Sénat (c'est-à-dire le premier qui prend la parole pendant les réunions), j'ai pris plusieurs mesures pour rendre à cette assemblée la dignité et le décor qui lui étaient propres, et qui convenaient mieux à la majesté de Rome. Vale, IMP. CÆS. AVG. |