Combat pour le pouvoir |
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| Oui, c'est exact. Tu devais combattre Marc-Antoine et Cléopâtre.
C'était eux ou toi. Je crois que l'Histoire reconnaîtra que tu es le
meilleur choix. Cependant la victoire peut être arrogante et cruelle ou
juste et amère. Tu as choisi la cruauté là où ce
n'était pas nécessaire. J'espère que tu auras une longue vie
pour prouver que j'ai eu tort de croire que le petit-neveu de César n'était
pas un César. Surtout songe à préparer dès maintenant
ta succession pour éviter aux fils que tu auras de ta nouvelle femme Livia
les luttes terribles pour le pouvoir. Un sympathisant: André Caron Québec |
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| L'Empereur César Auguste à André, salut. J'ai lu ta lettre avec la plus grande attention. Malgré tout, je n'ai pas réussi à déceler par quel moyen tu as cherché à me manifester ta sympathie. Tu dis plusieurs choses qui sont visiblement contraires à la réalité, et tu en ajoutes d'autres qui n'ont aucun sens. Ce qui manque, par contre, c'est la question. On dirait que tu n'as aucun intérêt à demander mon avis sur quelque chose de précis, puisque tu te contentes d'exposer tes opinions sur les informations décidément déformées dont tu disposes. Je n'ai aucune intention de répliquer aux radotages, ni aux allusions extravagantes. Je vais juste rectifier les deux seules affirmations claires que tu as mis dans ta lettre. «C'était eux ou toi». Non, ce n'est pas eux ou moi, mais Rome ou Alexandrie. C'était la préservation de notre civilisation, ou sa corruption irrémédiable. C'était le maintien de nos cultes, de nos lois et de nos coutumes, ou la perte de tout ce que nous avions de plus cher, de plus sacré, de plus équitable, de plus romain. Cette défense de notre monde contre l'agression qui venait d'une énorme coalition de puissances orientales ne peut pas être réduite au rang d'un simple règlement de comptes entre deux ou trois personnes. Dans les eaux d'Actium ce n'est pas le destin de Cléopâtre et de son mari qui a sombré. C'est l'ambitieux rêve trois fois séculaire de ressusciter l'empire alexandrin et d'étendre l'hégémonie hellénistique de l'Orient vers l'Occident, en s'emparant de l'Italie et en soumettant la ville de Rome. Il ne s'agissait pas d'un caprice passager, mais de l'obsession persistante qui avait hanté l'esprit de plusieurs souverains des plus puissants royaumes de la Méditerranée orientale. Parmi eux, ceux qui s'étaient révélés les ennemis les plus dangereux pour Rome avaient été les deux derniers rois de Macédoine (père et fils), Philippe et Persée, un des derniers rois de Syrie, Antiochus le Grand, et le dernier roi du Pont, Mithridate Eupator. La soif de conquêtes de ces rois avaient engendré une série de guerres interminables (en total, plus de 70 ans), que les Romains avaient dû combattre avec des flottes et des armées très importantes, sous le commandement de nos hommes les meilleurs, tels que Marcus Valerius Levinus, Titus Quinctius Flaminius, Scipion l'Asiatique aidé par son frère l'Africain, Lucius Aemilius Regillus, Lucius Aemilius Paullus, Gnaeus Octavius, Lucius Cornelius Silla, Lucius Licinius Lucullus et Pompée le Grand. La guerre suscitée par la dernière reine d'Alexandrie a en effet été la cinquième grande tentative de l'Orient hellénisé contre Rome. Le but était le même que celui des quatre rois précédents, les méthodes ne différaient guère, les risques pour notre monde en étaient autant graves. Ce n'est que pour repousser cette menace bien sérieuse et réelle, et non pas pour augmenter mes chances de succès personnel, que le peuple de Rome et l'Italie toute entière me jurèrent fidélité lorsqu'il fallut nous préparer à la guerre, bien que je n'étais qu'un simple citoyen, ayant résigné tous mes pouvoirs de triumvir. L'année suivante, ayant été élu consul pour la troisième fois, j'ai affronté cette guerre avec les seuls pouvoirs qui m'étaient donnés par cette magistrature. Et c'est encore avec les seuls pouvoirs consulaires que j'ai porté à terme le conflit en entrant à Alexandrie l'an après, au nom du Sénat et du peuple de Rome. «Tu as choisi la cruauté». Mon choix n'a pas été la cruauté, mais le retour de la paix civile et de la concorde à Rome, aussi bien que l'instauration de la paix sur la terre et sur la mer. Mon attitude vis-à-vis de ceux qui avaient pris les armes contre Rome et contre moi-même a été celle du respect de la légalité, adoucie par de larges concessions à la clémence. J'ai fait le plus grand effort dans cette direction, sans dépasser les limites de la prudence et de l'équité. En effet, je n'aurais certainement pas pu reproduire intégralement le critère de clémence généralisée et inconditionnée qui était cher à mon père, parce que j'avais eu le malheur de constater que cette clémence avait bénéficié à la plupart des conjurés des ides de mars, mais elle n'en avait pas du tout émoussé les poignards. Tout de même, mon souci principal a été celui de favoriser la réconciliation entre tous les citoyens de la République, en faisant tomber les raison de divergences et, surtout, en faisant attention à ne pas créer de nouveaux germes de rancoeur. Ce n'est pas un résultat que j'aurais pu atteindre en choisissant la cruauté. D'ailleurs les Romains n'ont jamais pensé que j'avais fait ce choix insensé. Bien au contraire, ils ont voulu que ma maison soit ornée par une couronne civique, qui témoignait que j'avais sauvé la vie d'un grand nombre de concitoyens. Vale, IMP. CÆS. AVG. |