À la troisième personne
       
       
         
         

c.boraley@ecolelasource.ch

      Salut à toi empereur!

J'ai une petite question qui me turlupine depuis longtemps, en fait depuis que j'ai fait 10 ans de latin... Pourquoi dans tes nombreux ouvrages, principalement dans «Bellum Gallicum» tu n'uses que de la 3ième personne alors qu'il s'agit de toi en fait?

Christophe

 

       
         

Auguste

      L'Empereur César Auguste à Christophe, salut.

Tu as évidemment fait une petite confusion entre moi et mon père, le divin Jules César, et cela m'a profondément ému.

C'est d'ailleurs une confusion bien justifiée par l'homonymie qui s'est créée après l'adoption. En effet, à ma naissance on m'avait appelé Gaius Octavius, comme mon père naturel. À dix-sept ans, après mon adoption par Jules César, la loi romaine m'a attribué exactement les trois noms de mon père adoptif, c'est-à-dire Gaius Julius Caesar. Mais, pour moi, ces trois noms étaient suivis, selon la coutume romaine, par un quatrième nom qui rappelait ma famille d'origine: ce dernier nom était «Octavianus», qui voulait dire que je provenais de la gent Octavia avant d'être accueilli dans la gent Julia. C'est pourquoi on m'appelait normalement César, ou parfois César Octavien, avant que le Sénat m'attribue les deux titres d'Empereur et d'Auguste, le premier comme prénom et le deuxième comme surnom.

Venons donc à ta question. Pourquoi mon père a-t-il écrit ses «Commentaires» (De Bello Gallico, De Bello Civili, et caetera) en utilisant la troisième personne? Il me l'a expliqué très brièvement lorsqu'il se préoccupait de mon éducation. Il voulait laisser un témoignage objectif de ce qui s'était passé pendant ses campagnes, en en décrivant tous les principaux événements réels, comme des faits concrets et vérifiables, et en y ajoutant seulement les raisons techniques de ses choix. Cela devait avoir une utilité pour tous ceux qui auraient voulu analyser ces événements sur le plan tactique, stratégique et politique, et en tirer des leçons pour l'avenir. Il n'y avait donc aucune place pour ses sentiments personnels et ses propres émotions vis-à-vis de ce qui se passait.

C'est pour cette raison qu'il a choisi de raconter l'histoire de ses compagnes avec un style formellement impersonnel. Il comprenait qu'un excès de «je» et de «moi» aurait ennuyé le lecteur et lui aurait fait douter de l'objectivité du récit. Mais l'emploi de la troisième personne l'aidait aussi à garder une attitude suffisamment détachée quand il dictait le texte des «Commentaires», dans sa tente, pendant ses longues nuits de veille et de travail.

Personnellement je n'ai pas eu besoin de suivre son exemple, parce que je ne me suis jamais engagé dans un travail de ce genre, que seul le génie politique et militaire de mon père pouvait concevoir et réaliser comme un véritable chef-d'oeuvre, d'énorme valeur littéraire et historique. Par contre, j'ai écrit plusieurs oeuvres de genre différent, parmi lesquelles une grande autobiographie, qui a été très lue dans le monde romain, mais dont le texte ne vous est pas parvenu. On m'a dit que vous n'en avez que quelques fragments, au-delà du très bref résumé de mes actions («Res gestae») qui a été diffusé dans tout l'empire. Dans ce dernier texte, ainsi que dans mon autobiographie, j'ai toujours utilisé la première personne, selon l'habitude de tous les Romains qui ont écrit leurs propres mémoires.

Vale,

IMP. CÆS. AVG.