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Le roi Arthur

     
   

Uther, le roi est mort! Vive le roi Arthur!

    Ô, roi Arthur, roi de légende,

Je suis heureuse d'avoir l'honneur de parler au fameux roi Arthur, héros de toutes mes versions de ta fabuleuse légende.

Regrettes-tu d'être devenu roi en certaines occasion? Si c'est le cas, sache que moi je suis heureuse de savoir qu'un royaume a eu la chance de t'avoir comme souverain.

Sache que je rêve de vivre en ces temps anciens en ton royaume et que la trahison n'eût jamais été commise pour que ton royaume perdurât plus longtemps. Mais malgré ces rêves (ou regrets?) je te défendrai et serai fidèle à mon serment de te suivre et de t'honorer.

Maintenant si cela ne te dérange point, je voudrais te poser des questions.

Malgré mes nombreuses lectures de ta légende tu apparais comme le roi de Bretagne et non pas de Logres; donc où se situe Logres?

Regrettes-tu d'avoir guerroyé?

Et enfin la vie à Camelot était-elle confortable?

Demoiselle Jade qui malgré tout à l'esprit guerrier.


Demoiselle,

Je ne saurais vous reprocher d'avoir l'esprit guerrier: cette force-là m'a porté souvent, soutenu souvent. Elle ne doit pas être niée, mais canalisée, utilisée.

Vous me parlez de regrets.

Comme je l'ai écrit - hier, ou il y a un siècle - à dame Yvaine («La politique et vous»), j'ai souvent regretté d'être roi, bien sûr. Comme chaque homme, et chaque femme, j'ai désiré être ailleurs, être autre, j'ai cru que mon devoir restreignait ma liberté. Foutaise. Je suis roi. La royauté n'est pas un manteau que je puisse rejeter, elle est part intégrante de ma nature. Elle n'est pas un carcan qui m'emprisonne, mais un tuteur qui me tient debout. J'étais un imbécile. J'ai un peu vieilli et appris, et je n'ai plus ce regret-là.

J'ai aussi, évidemment, regretté certaines guerres. La guerre, passée l'ivresse des combats, n'a rien d'agréable. Elle tue, pille, détruit. Elles nous réveillent la nuit, font peser sur nos âmes leur faix de cadavres et de souffrances, et nous n'en finissons pas de nous demander si nous avons eu raison de les entreprendre. S'il n'existait pas d'autre moyen de régler nos différends, des moyens moins coûteux en larmes et en sang. Je crois cependant que parfois... il n'est pas d'autre moyen. Peut-être en votre temps les choses sont-elles différentes. Si tel est le cas, vous vivez en un monde plus heureux que le mien.

Ces regrets-là, les rois doivent les circonscrire, les dompter. Sans quoi nous deviendrions fous.

Je l'ai fait.

Il n'est qu'une guerre que je regrette encore: la dernière...

Logres était le coeur du royaume, le domaine autour duquel nous avons bâti la fragile unité des Bretagnes. Le royaume de Logres occupe le sud-est de la grande île de Bretagne.

Je crains de ne pas bien comprendre votre dernière question: le confort me paraît un référent très variable selon les terres et les temps, dépendant des progrès techniques et des moyens des hommes. Nous nous sommes efforcés de doter nos demeures des meilleures conditions possibles, afin de préserver la santé de nos gens. Camelot m'a donc toujours semblé un endroit agréable à vivre. Cependant, certains marchands du Sud m'ont assuré que dans leurs contrées, les demeures seigneuriales étaient pourvues de luxes inimaginables pour nous. Je n'ai jamais eu l'occasion de le vérifier.

Je suis touché, demoiselle, par votre fidélité, et par vos hommages. Je m'efforce, aujourd'hui encore, de les mériter.

Arthur, qui fut roi de Logres, et des Bretagnes


Majesté,

Je te remercie de m'avoir répondu si promptement et d'avoir répondu à mes questions. Si j'ai compris, tu es le Roi de Logres et de Bretagne à la fois. Je suis heureuse de savoir que la royauté ne pèse pas trop et que tu trouves la vie à Camelot agréable.

Je souhaiterais te dire que, si tu as besoin d'aide et de soutien, écris-moi et je verrai ce que je puis faire; je voudrais aussi te dire que mes réponses risquent d'arriver moins rapidement, car j'ai de nombreux devoirs à accomplir avant de pouvoir te répondre, mais j'essaierai de le faire le plus rapidement possible.

Maintenant, j'aurais d'autres questions à te poser (en vérité, j'en ai des tonnes, mais je préfère te les poser petit à petit). Tout d'abord, aimes-tu monter à cheval? Moi, je ne sais pas, car je n'ai monté que très rarement. Voudrais-tu, si tu le pouvais, rencontrer le roi Uther? Et, pour terminer, combien y avait-il de chevaliers de la table ronde (le plus grand nombre qu'il y eut)?

Demoiselle Jade, qui est heureuse de correspondre avec vous.


Demoiselle,

Vous n'avez pas à vous faire pardonner vos retards: le temps en Avalon est si changeant que j'ignore en vérité combien de jours, de secondes ou d'années s'écoulent entre vos lettres ou mes réponses.

J'aime monter. Ce fut toujours un de mes exercices préférés. Et aussi l'un de mes rapports préférés: l'intense complicité qui s'est nouée avec certaines de mes montures, une complicité sans mots, très physique, un élan qui nous portait ensemble en avant, est un des liens les plus forts que j'aie connus. Et un galop solitaire dans le vent est l'une de mes plus grandes joies. Souvent je suis parti ainsi, seul à cheval, galopant sur des landes ou des grèves désertes, lorsque j'étais triste ou tourmenté. Mes gens s'en inquiétaient, mais c'est un des meilleurs réconforts que je connaisse.

Votre seconde question me ramène à des émotions moins heureuses. Comme tout enfant élevé loin de ses parents, j'ai toujours désiré les rencontrer. Et jamais je n'ai pu connaître mon père. Bien sûr, je le regrette. Mais une voix en moi qui est plus sage et plus vieille, qui ressemble à la voix de Merlin, me dit que peut-être il vaut mieux qu'il en soit ainsi. Que peut-être je l'aurais moins aimé si je l'avais connu. Que peut-être, ce qui est pire, j'aurais été incapable de l'estimer, de le respecter. Et qu'il vaut mieux, vraiment, que jamais je ne le rencontre.

Pour très peu de temps, il y eut à la Table cinquante chevaliers.

À vous entendre encore, Verte Demoiselle.

Arthur, qui fut roi de Logres


Majesté,

Je souhaiterais te poser encore quelques questions. En lisant tes correspondances, j'ai appris que tu as écrit à Morgane et à Guenièvre. Quel était le titre de tes lettres pour pouvoir les retrouver (si ça ne te dérange pas)?

Seconde question, sais-tu jouer aux échecs? Moi oui et, si tu ne te reposais pas à Avalon, j'aurais apprécié faire une partie avec toi.

Pour terminer, si tu revenais maintenant, nous ne sommes plus dérangés par le fait qu'il y ait des femmes au pouvoir. Prendrais-tu des femmes autour de la table ronde?

Demoiselle Jade


Demoiselle,

Je suis toujours heureux de vous lire. Mes échanges avec Guenièvre sont regroupés sous le titre «Le pardon», et ceux avec Morgane apparaissent, je crois, sous le nom de «Ce qui demeure».

J'ai toujours aimé les échecs, qui sont un jeu symbolique et politique, philosophique et mystique. J'y ai joué souvent, avec maints partenaires, même si je n'étais certes pas le meilleur joueur du royaume. J'aurais été ravi d'y affronter le temps d'une partie une vaillante demoiselle telle que vous. Cela ne se peut, bien sûr, mais j'espère que vous me ferez la grâce de penser à moi la prochaine fois que vous jouerez - peut-être même de prononcer mon nom.

Je me suis entretenu avec plusieurs de vos contemporaines sur la place des femmes. Je serais heureux, personnellement, de pouvoir en accueillir à la Table. Mais les décisions d'un roi ne sont jamais personnelles et dépendent de bien plus que de ses propres inclinations.

Arthur, qui fut roi de Logres