Une seule chose |
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| Cher Roi, Je sens dans vos réponses précédentes la reconnaissance et la passion que vous éprouvez à l'égard de Merlin. Et cela semble justifié, car d'après ce que j'en ai entendu il s'agit d'un grand homme (si ce n'est pas plus qu'un homme!?). Je suis sûr qu'au cours de ces années à ses côtés il a du vous apprendre ou essayer de vous apprendre bien des choses, donner des conseils bien utiles parfois écoutés ou pas. Mais je voulais avoir l'audace de vous demander, de tout cet enseignement qu'il vous a distribué au cours des temps, s'il n'était qu'une chose que vous devriez retenir et à votre tour transmettre, quelle serait-elle? Quel serait le conseil le plus pertinent à vos yeux? J'imagine que cette question peut vous laisser perplexe, mais elle vous permettra peut-être de vous sentir plus serein en passant à d'autres un morceau de ce savoir dont vous avez eu l'honneur d'approcher un tant soit peu. Bien à vous Gaëtan |
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| Vous parlez juste, Gaëtan, qui portez un nom de Bretagne.
Pour Merlin j'ai bien les sentiments que vous citez: reconnaissance et passion, distance - il fut toujours, à mes yeux, plus qu'un homme - et intimité - car j'ai connu l'honneur et la grâce de sa présence. Quel autre être, sinon ma soeur, a jamais eu pareil pédagogue? Merlin niait cela: le pédagogue a le beau rôle, disait-il, et bien d'autres ont les qualités qu'il faut pour remplir cette fonction. Il pensait sans doute à son propre maître, Blaise. Et surtout il se défiait de mon amour et de mon admiration, comme de tout sentiment extrême. Retenir, de son enseignement, une seule chose? À présent que je suis vieux et approche, enfin, de la paix que j'ai longtemps cherchée, il me semble que ce n'est pas un sortilège ni un miracle que je retiendrais. Pas un art, ni une ruse de guerre. Non, je retiendrais, de ses leçons, la plus humaine. Il faut lutter, disait Merlin. Lutter contre le néant de la nuit qui n'en finit pas de rôder, juste derrière le monde. Les hommes ne sont pas sans armes face à cette peur. Ils ont leurs mains, leur esprit et leurs mots. C'est assez pour bâtir, dans ce vide, une cité. Il faut bâtir, Arthur. Sans relâche. C'est notre seul devoir, et notre seule chance. Lutter et bâtir. Même quand le prix à payer nous semble trop lourd. Car au-delà, il n'y a que la nuit et la peur. Arthur, qui fut roi de Logres, et, titre bien plus grand, qui fut l'élève imparfait de Merlin |