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Le roi Arthur

     
   

Une sainte question!

    J'ai vu que quelqu'un vous avait déjà parlé de Perceval, mais moi c'est sur une chose en particulier! Je suis en train d'étudier le Graal, mais aucune réponse ne me satisfait, peut être la vôtre me plaira-t-elle. Qu'est-ce que le Graal, pourquoi est-il considéré comme un saint objet et, surtout, vous qui l'avez en principe vu (cf. Perceval ou le Roman du Graal) comment est-il réellement? Merci de me répondre, cher Roi, que j'ai apprécié! (Vraiment rien à voir avec le Roi Pêcheur!)


Jeune Seigneur ou jeune Dame,

Vous êtes un véritable étudiant du Graal, à n'en pas douter. Aucune des réponses que vous avez lues, que vous avez entendues, ne vous satisfait? Cela est bien. S'il en était autrement, vous seriez dans l'erreur.

J'imagine ce qu'on a pu vous dire. J'ai posé, autrefois, les mêmes questions que vous, j'ai désespéré comme vous, de trouver cette réponse unique, cette révélation que nous devinons, qui n'en finit pas de nous échapper, juste à la limite de notre esprit.

On vous aura dit, comme à moi, que la Graal est une coupe, ou bien une pierre; on vous aura dit qu'il est une relique chrétienne, la coupe qui recueillit le sang du Christ en croix, ou bien celle qui servit à son Dernier Repas; on vous aura dit qu'il est au contraire un artefact des Ages Anciens, bien avant le Christ, quand le monde était encore tissé de magie. On vous aura dit peut-être que le Graal n'est que le nom du Véritable Amour, celui de Dieu ou celui de la femme aimée. On vous aura dit que le Graal porte la mort ou l'immortalité, et peut-être que la mort du corps est la seule voie de la véritable immortalité, comme nous l'enseignent les disciples du Christ.

On vous aura dit que le Graal est différent pour chacun, qu'il est la réponse à une question intime, à une quête personnelle.

Et aucune de ces réponses ne vous aura satisfait.

Aucune, non plus, ne m'a satisfait.

Comme je voudrais avoir cette réponse: mais atteindre le Graal ne m'était pas destiné. Peut-être est-ce mieux ainsi, même si je ne peux m'empêcher de le regretter. Le Graal n'est-il pas ce que nous désirons le plus profondément, au secret de notre coeur? Un prêtre m'a dit un jour que le Graal était peut-être la plus belle tromperie du Malin, qui maîtrise mieux que quiconque les secrets du Désir, et qui aurait inventé le Graal pour incarner le Désir aux yeux de chaque homme, et nous perdre ainsi. Ce jeune prêtre m'a dit que la quête du Graal signerait la fin de la Table Ronde, et peut-être avait-il raison.

Mais je ne puis croire qu'il est une création du Diable.

Vraiment, je ne peux pas.

Je ne l'ai pas réellement vu, réellement approché - cela ne fut accordé qu'à Galaad - mais j'ai vu, comme tous mes chevaliers, le reflet de sa présence, son image en notre monde. Et ce reflet était la plus grande lumière, la plus intense grâce, que j'aie jamais reçue. Un bouleversement de l'âme et des sens, que je refuse d'attribuer au Mal.

Le Graal ne peut que venir d'un Dieu, s'il en est un, ou d'anciennes et lumineuses puissances. Ou de l'être qui en mon temps porte le plus de cette lumière et cette puissance. De Merlin.

Quand le Graal nous est apparu, Merlin était loin, depuis de longues années.

Mais je me suis posé la question: le Graal n'était-il pas sa création? Sa tentative ultime pour incarner son rêve? Pour nous rappeler la voie que nous devions suivre, et qui n'était pas seulement matérielle et politique? Pour nous tirer vers l'idéal? Pour rappeler cette voie, cet idéal, cet espoir, à toute l'humanité?

Je ne sais pas.

Sans doute ne saurai-je jamais.

J'espère que ma réponse ne vous satisfera surtout pas.

Poursuivez la quête.

Arthur, qui fut roi de Logres