[deux.stephane+neuf.fr]
écrit à

   


Le roi Arthur

   


Une nuit




   

Tu n'as aimé qu'une personne: Guenièvre, mais tu as passé une nuit avec Morgane ta demi-soeur! Mais c'était suite à un philtre d'amour.


Messire,

Si c'est vous qui vous moquez, la plaisanterie ne m'amuse guère. Je n'ai pas à rendre compte de mes amours à un insolent. Apprenez les règles élémentaires de la courtoisie, et alors nous pourrons nous entretenir.

Arthur Pendragon


Sire,

J'ai eu une attitude désobligeante envers vous et j'en suis fort confus et honteux, aussi je vous présente mes excuses.

J'ai une question à propos de Lancelot: savez-vous si après votre départ il a revu Guenièvre, avant de se faire ermite? Quant à vous, pourquoi avoir épousé Guenièvre si vous  saviez pertinemment qu'elle ne vous apporterait que problèmes dans le futur?

Stéphane


Messire,

J'accepte volontiers vos excuses. Il faut à un homme du courage pour reconnaître ses torts, et c'est une forme ingrate et obscure de courage que je respecte infiniment.

J'ignore hélas tout du sort de Lancelot depuis notre dernière rencontre. Les vents et les hommes m'ont porté des bruits contradictoires, parmi lesquels celui que vous rapportez. Certains prétendent qu'il aurait tenté de convaincre Guenièvre de fuir avec lui, et que, désespéré par son refus, il se serait fait ermite en son propre royaume, dans les forêts de p petite Bretagne. Eût-il fait cette proposition -et je ne puis m'empêcher d'en douter- certainement Guenièvre eût refusé. Non par manque d'amour mais par... dignité, je suppose, ou par amour pour moi, ou par souci des légendes à venir. J'ignore même si Lance vit. Personne, personne, ne semble le savoir, et mes messages me reviennent sans avoir atteint leur cible. Dans quel repli caché du monde a-t-il trouvé refuge, je ne sais.

Quant au reste: Guenièvre m'a apporté les plus profondes, les plus lumineuses de mes joies. En l'épousant j'ai fait fi des prédictions de certains druides et des doutes de Merlin, mais même à présent que j'ai vu notre fin, que j'ai pleuré et crié et saigné sur notre fin -je l'épouserais encore.
Et une partie de moi continue, comme au début, de croire que la fin pourrait être différente. Parce que je suis fou, parce que je l'aime, parce que je suis homme et que c'est ainsi que les hommes survivent.

Arthur, qui fut roi de Logres