Ta vie
       
       
         
         

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      Oyé mon Roi!

Nous sommes deux petites palefrenières et nous sommes passionnées par tous tes périples!! Est-ce que tu pourrais nous envoyer un résumé de ta vie? En parlant de ta demi-soeur, de Lancelot etc.? Des liens qui t'unissent à eux? Cela ensoleillerait nos dures journées de labeur!!

Mille merci d'avance bon seigneur!!

Cunégonde et Marie-Antoinette...
         
         

Le roi Arthur

      Demoiselles,

Comme le monde de demain est troublant, si étrange et si familier à la fois. Un monde où les jeunes filles peuvent être palefreniers, et travailler dur en rêvant de vieilles légendes. Un portrait qui ressemble tant à celui de maints jeunes hommes, servants, palefreniers, écuyers, que j'ai connus autrefois. Et j'ai connu aussi quelques demoiselles qui auraient rêvé de cette vie-là qu'elles appelaient une vie libre. Etes-vous libres, demoiselles? Je vous le souhaite.

La requête que vous formulez est vaste. Je vais m'efforcer d'y répondre. N'hésitez pas cependant à me demander des précisions sur les points que je laisserais dans l'ombre.

Je suis né d'un homme et d'une femme qui étaient aussi un roi et une reine, et que je n'ai pas connus. Parce qu'il voulait que je devienne un souverain accompli, Merlin, le plus sage des hommes de la terre, a convaincu mes parents de me confier à lui et de lui laisser la charge de mon éducation. Ce furent des années de bonheur, de travail ardent, d'apprentissage passionné. A seize ans je fus couronné roi de Logres, et me trouvai chargé d'unifier à la fois une terre, belle et folle, et des hommes, non moins beaux et fous mais aussi violents et querelleurs. C'était le rêve de Merlin et ce fut l'oeuvre de ma vie. Pour un temps, j'y parvins. Mais ce genre de conquête n'est jamais définitivement acquis, les ans et les hommes se chargent de le remettre sans cesse en question. Etre roi, m'efforcer de fonder et préserver un ordre dans le Chaos: voilà ce qui est au coeur de ma vie et de ma nature.

Mais je suis aussi un homme. J'ai aimé, j'aime encore, deux femmes. Aimé vraiment, dans la démence qui unit le corps, le coeur, et l'âme, et que personne ne peut imaginer sans l'avoir vécu une fois. Je l'ai vécu deux, et de ce miracle je suis, malgré tout, reconnaissant. Deux femmes: un amour interdit, éperdu, mortifère, dans les bras de ma demi-soeur Morgane; un amour autorisé, solaire, béni devant les hommes, auprès de Guenièvre, mon épouse et ma reine. A elles deux, elles sont la femme - l'amour - le monde. Mais c'est la première, non la seconde, qui m'a donné un enfant, Mordred.

J'ai reçu une autre grâce qui est celle de l'amitié. J'ai eu plusieurs amis, grands, nobles, admirables. Fidèles. Aucun ne fut plus admirable que Lancelot. Je n'en ai aimé aucun autant que Lancelot.

La suite appartient à la légende: tout le monde la connaît. Lancelot et Guenièvre se sont aimés, achevant ainsi le triangle. La suite fut une folie, puis un carnage.

Ah, demoiselles, pourquoi rêver de ma vie et de mes échecs dans le soleil de votre présent? Mon propre astre n'en finit pas de se coucher, et l'aurore promise se fait attendre.

Soyez vivantes, soyez fortes, soyez libres.

Arthur, qui fut roi de Logres