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écrit à

   


Le roi Arthur

     
   

Si vous aviez eu un fils...

    Monseigneur,

Je me présente en tant que votre dévoué sujet: mon prénom est Méline et je voulais vous témoigner mon profond respect envers votre loyale personne. Vos oeuvres ont à tout jamais marqué l'Angleterre et de ce fait, elle rayonne encore des faits historiques dont vous l'avez glorifiée!

De cela, j'aurai une question, fort simple ma foi: quelle aurait été (selon vous) la destinée du royaume si vous aviez eu un fils avec votre épouse Guenièvre?

Dame Méline,

Soyez remerciée pour vos paroles d'hommage, et pour votre question, qui n'a rien de simple en vérité. Question complexe comme le sont tous les chemins divergents du monde. Un roi, un père, ne peut rêver que le meilleur pour son fils et héritier. Il aurait eu nos forces à tous les deux, la lumière dorée de sa mère, l'enseignement des savants et des chevaliers, il aurait reçu de mes mains affaiblies la couronne et ses mains à lui m'auraient fermé les yeux, et j'aurais dormi en paix, sachant que la Bretagne connaîtrait la paix pendant encore au moins une génération d'hommes. Mais cela n'est qu'un rêve, qu'assombrit le souvenir de Mordred, mon fils réel. Que j'ai aimé aussi, qui était pourvu de ces mêmes qualités de corps et d'esprit, et de coeur, au moins au début, et qui pourtant... Les prêtres disaient, diront toujours, qu'il a été corrompu par sa naissance, par les ténèbres de sa mère ou de notre péché. Et peut-être en est-il ainsi. Peut-être un fils né au grand jour, né de ma reine et non pas de ma soeur, eût-il été différent.

Cependant, il aurait eu à affronter Mordred, d'une façon ou d'une autre. Et cela je ne puis le souhaiter. Comme je ne puis souhaiter, malgré tout, que Mordred n'ait pas vu le jour.

Ce chemin divergent n'existe peut-être pas, en fin de compte. Peut-être n'existe-t-il nulle part, et Logres devait-elle tomber avec Mordred et avec moi, afin de devenir ce qu'elle est pour vous.

Recevez, dame, toutes les bénédictions que je puis donner,

Arthur, qui fut roi de Logres


Monseigneur,

Je ne vous cache pas ma surprise en voyant que votre noble personne a pris le temps de me consacrer quelques lignes, qui furent pour moi un saut en arrière dans votre lointaine Angleterre. De cela soyez remercié.

J'ai parcouru attentivement votre lettre et je ne puis que vous remercier pour vos explications fort passionnantes et qui, je le pense aussi, se seraient déroulées comme vous l'avez exposé. J'éprouve un étrange sentiment malgré moi, une impression étrange que l'histoire (non seulement la vôtre) devait être autre qu'elle l'est à l'heure d'aujourd'hui. Une étrange impression, je le sais, mais de cela je ne puis être la maîtresse. La vie vous a été propice pendant longtemps et moins pendant d'autres temps, de cela l'histoire est sûre mais je ne puis effacer de mon esprit qu'il devait en être autrement...

Avec toute ma gratitude quant à votre réponse à ma question, qui je suis sûre, vous a paru quelque peu primitive.

Méline


Dame Méline,

Peut-être l'enfant que vous voyez, l'alternative que vous voyez, n'appartiennent-ils pas à un passé divergent, mais à un avenir possible. Peut-être, s'il m'est vraiment donné de revenir au monde, Guenièvre se verra-t-elle retirer la malédiction de la stérilité, peut-être aurai-je  alors la joie et la grâce d'engendrer un fils. C'est un bel espoir, en vérité. Soyez remerciée pour m'en avoir donné le rêve.

Arthur de Bretagne