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Le roi Arthur

     
   

Physique et caractère

    Bonjour, cher Roi Arthur,

J'ai adoré tes aventures et j'aimerais connaître ta description physique et tes traits de caractère. Merci de me donner une réponse rapide, ô sire si vaillant et si fort.



Demoiselle, à votre question je pourrais répondre bien sûr que nous sommes bien mauvais juge de nous-même.

Je pourrais déléguer cette tâche à l'un de mes chevaliers — non pas Lancelot qui serait trop flatteur, mais Bedwyr ou Yvain, ou Caradoc. Mais ils sont perdus à présent, et personne ne peut répondre à ma place.


Je pourrais dire aussi que j'ai déjà, dans le passé, répondu à pareille question, dans une lettre qui s'appelait... comment s'appelait-elle? Tout simplement «Comment êtes-vous?», je crois.
Mais je m'adressais alors à un jeune homme, et vous êtes une jeune fille. Et je n'aime pas donner deux fois la même réponse à une question. Je suis d'humeur aux vanités. J'aimerais décrire alors le jeune Arthur que je fus et qui faisait rougir les demoiselles. J'aimerais passer près de vous dans une foule, et que vous voyiez le vent soulever ma cape, emmêler mes cheveux, et mes yeux sombres s'éclairer en se posant sur vous, et un sourire jouer au coin de ma bouche, et que vous rougissiez aussi. Ce ne serait qu'un moment de moi. Mes chevaliers me décriraient sans doute assis à la Table, ou à la Cour de Justice. Urien dirait qu'adolescent j'avais déjà le menton carré des ânes et des rois, et des cochons gallois dont j’avais le caractère. Il dirait que certains dissimulent par une barbe leur absence de menton, signe bien connu de veulerie, alors que je faisais le contraire: la barbe m'adoucissait un peu. Gauvain dirait que ce sourire en coin flottait toujours sur mes lèvres, discrètement présent, même à la Table. Que ce sourire le rassurait, lui prouvait que je n'étais pas tout à fait dupe des flatteurs, et que ma tête n'était pas encore trop enflée pour passer la porte de la reine. Mais je suis d'humeur aux vanités. J'aimerais dire plutôt comment Morgane m'a montré un jour une mèche de cheveux qu'elle m'avait dérobée, et remarqué qu'ils avaient foncé depuis qu'ils étaient séparés de mon crâne: «Sur ta tête, tes cheveux sont d'or sombre, disait-elle, mais cette mèche est devenue brune comme la terre. Il faut croire que c'est ta propre lumière qui les fait briller.»

Ô demoiselle, qu'importe mon apparence? Je fus aimé.
Qu’importe mon caractère? J’étais roi.

Arthur Pendragon