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Le roi Arthur

     
   

Perceval

    Est-ce que tu te reconnais dans le livre de Perceval ou le roman du Graal de Chrétien de Troyes, comme un roi «triste et joyeux»?


Dame ou demoiselle,

Je n'ai pas lu, bien sûr, les livres dont vous me parlez. En mon temps, Chrétien de Troyes n'est pas encore né. Mais Sire Dumontais et ses gens m'ont vanté son oeuvre comme celle qui la première a fait résonner hors des Bretagnes les noms de mes chevaliers et les mystères du Graal, et de cela je lui suis reconnaissant.

J'ignore quelles furent ses sources et ses Muses, mais cette description sonne juste à mes oreilles.

Je fus, et suis encore, ce roi triste et joyeux dont il parle.

Capable de rire haut dans les assemblées comme de rêver seul sous la lune, capable de chevauchées d'amour comme de larmes d'amour, capable de pardonner comme de tuer, capable de rechercher la compagnie des hommes de guerre, des bouffons, des filles de joie, ou la compagnie des sages, des érudits, des purs et des dames.

Capable de victoire et de défaite.

C'est que le roi, dame, est comme le cycle du temps. Le roi en Bretagne, longtemps avant moi, n'était qu'un «roi de l'année». Et nous en avons gardé quelque chose: je suis encore, comme l'année, à moitié fait de lumière et à moitié d'ombre. Parfois je sens ce poids au tournant de l'année... Parfois, à Samain, quand nous entrons dans la saison sombre, je sens les ténèbres qui s'amassent en moi, pesant sur mon coeur et sur mon âme.

On a voulu faire de moi un Roi de Lumière.

Je n'ai jamais cessé de lutter contre mes propres Ombres.

Arthur, qui fut roi de Logres


Très cher Arthur, merci d'avoir consacré du temps pour moi, tu es bon roi; mais sache que Perceval ou le roman du Graal est un monstre à deux têtes soit un livre à deux titres. Bon repos, bon roi.