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Le roi Arthur

     
   

Ne soyez pas dur avec vous-même

    Votre Majesté,

Comment avez-vous été au courant de l'adultère de votre épouse, la reine Guenièvre avec Lancelot? Vous doutiez vous que cela puisse arriver. Je ne sais comment vous étiez physiquement, mais j'ai vu un film parlant de votre histoire à vous, Guenièvre et Lancelot. Il est vrai que Lancelot avait une beauté physique bien vantée puisqu'il fut joué par le beau Richard Gere. Mais la vôtre fut bien vantée aussi. Vous fûtes interprété par Sean Connery. C'est un homme très séduisant. Il est maintenant assez âgé mais si beau. Il a un regard doux et fort à la fois. Je suppose que si cet homme a été choisi pour jouer votre rôle, c'est que vous avez tous ses attraits aussi. Ne soyez pas trop dur avec vous-même pour vos erreurs. Qui n'en a pas fait? Vous savez, ce ne doit pas être facile d'être roi. Vous faites de votre mieux, et le peuple vous aime et vous respecte, c'est que vous êtes un homme méritant et qui sait faire le bien autour de lui.

Amicalement, Flore


Dame Flore,

Soyez remerciée pour vos mots de réconfort.

Comprenez-moi: je ne me frappe pas la poitrine en me lamentant sur mes erreurs; je ne prétends pas avoir été le plus stupide des hommes, ni le plus indigne des rois. Je me suis toujours efforcé d'être un homme honorable et un roi juste. La plupart du temps, j'y suis parvenu. Mais, à quelques reprises, j'ai commis des erreurs. Je ne dois pas non plus nier ni oublier ces erreurs, car la nature d'un roi commence avec la responsabilité.

Pour le reste... que puis-je vous dire? Lancelot était, ou est, d'une grande beauté. Moi-même, je ne sais pas. On m'a dit que j'étais beau, mais je n'ai jamais vraiment réussi à me faire une idée de ma propre apparence, alors que j'étais très sensible à la beauté de ceux qui m'entouraient. Je suis honoré d'avoir été... interprété par un homme tel que celui que vous décrivez.

La liaison de Guenièvre et de Lancelot a été révélée par la trahison, par des ennemis, les miens autant que les leurs, jouant sur mes faiblesses. Le chef de cette cabale était mon fils Mordred, qui n'avait jamais aimé ni la reine ni Lance, pour toutes sortes de bonnes et de moins bonnes raisons.

Si je m'en étais douté? À présent que je m'efforce de regarder en arrière avec lucidité, à présent que je contemple cette route de loin, il me faut bien répondre que oui. Oui, à certains instants, à certains mots, à certains regards. Oui, oui. Et j'avais refusé de chercher plus loin, refusé de savoir. Je me croyais fort et sage de ne pas avoir donné suite à mes soupçons, de ne pas avoir enquêté. J'avais peut-être tort: si je l'avais fait, si j'avais appris la vérité seul et en secret, elle aurait eu un autre goût et d'autres suites.

J'écoute le vent d'Avalon, dame, le sage vent qui depuis des millénaires caresse les eaux bénies du lac. Il me dit que toutes les histoires doivent finir pour devenir légendes, qu'il n'est de beauté que dans les choses mortelles. Je sais qu'il a raison. J'ai simplement la faiblesse de souhaiter que la fin eût été différente, qu'elle eût apporté moins de souffrances à ceux que j'aime.

Soyez bénie, et avec vous toutes les dames aux paroles de consolation.

Arthur, qui fut roi de Logres