Mordred
       
       
         
         

q.uatreloq@laposte.net

      Roi Arthur
Ile d'Avalon

Ô grand Arthur,

Roi des Anglais, vainqueur des Saxons, je vous envoie cette lettre pour vous poser quelques questions et pour chanter ma joie à l'idée de pouvoir écrire à votre illustre majesté car je vous admire fils d'Uterpendragon et d'Ygerne ancienne femme de Gorlois. Vous êtes le plus courageux et le plus noble des chevaliers que je connaisse, surpassant même Sire Lancelot qui bien que pardonné par votre majesté reste pour moi un vil traître. Pourriez-vous mon bon Sire m'éclaircir un point qui reste pour moi obscur: Mordred cet horrible renégat est il bien le fils que vous avez eu avec Morcades mère de Gauvain?

J'ai également une autre question que je pense assez simple pour votre majesté: Que pensez-vous de Morgane votre demi-súur qui bien qu'alliée de Mordred et meurtrière de votre père vous accompagne sur l'île d'Avalon pour vous protéger?

Merci à vous d'avance.
         
         

Le roi Arthur

      Seigneur-Sans-Nom,

Oh, ne dites pas, ne dites jamais, que Lancelot fut vil, ni même qu'il fut traître.

Tenant de tels propos, non seulement vous insultez la mémoire de celui qui reste à mes yeux le modèle de tout chevalier, mais vous m'infligez aussi la pire des blessures.

Ou la réveillez, cette vieille douleur.

Jamais Lancelot ne fut vil.

Et ce sont mes actes qui l'ont forcé à trahir.

Oh, ne parlez plus ainsi de lui. Faites cela pour moi. Pour ôter une goutte de la mer de mes remords.

Cependant cette douleur ne doit pas me soustraire à vos autres questions.

La naissance de Mordred a toujours été entourée de maints voiles de secret, et cela était la volonté de Merlin lui-même. On l'a dit mon neveu et on l'a dit mon fils. On l'a dit l'enfant de Morcades ou celui de Morgane.

Mais de longs siècles ont passé. Le crime et le scandale sont loin.

Mordred est bien mon fils, et celui de ma soeur.

De ma soeur Morgane.

Cependant il a été en partie élevée par sa tante Morcades, qui peut donc à juste titre être aussi appelée sa mère.

Et je ne qualifierai pas Mordred d'horrible renégat, ainsi que vous le décrivez comme l'ont décrit maints chroniqueurs habités des meilleures intentions.

Mordred, mon unique enfant, fut aussi mon ennemi, et celui de toute la Table Ronde. Mais il n'avait rien d'horrible. C'était un puissant et valeureux chevalier, sans doute malheureux, peut-être fanatique - de plus sages que moi le diront. C'était, en fin de compte, un homme désespéré. Le désespoir, Seigneur-Sans-Nom, est, de tous les poisons, le plus redoutable. Et mon royaume, comme le rêve de Merlin, reposait sur l'espoir...

Pour le reste...

De toute ma vie, je n'ai aimé que deux femmes. Toutes les deux belles et sages, grandes et royales. Et ces deux amours (non pas ces deux femmes) ont été les causes de ma chute.

Deux femmes que j'ai aimées de façons très différentes, mais l'une non moins que l'autre.

Mon épouse, Guenièvre.

Ma soeur, Morgane.

Et je n'ai pas cessé de les aimer.

Enfin je vous sais gré de vos compliments, Seigneur-Sans-Nom, même s'ils me sont... amers, amers.

Arthur, qui s'est efforcé d'être roi. Lancelot était le chevalier.