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Le roi Arthur

     
   

Merlin et des réponses

    Mon bon Roi,

Vous souvenez-vous des années où Merlin vous enseignait?

On m'a dit que Merlin avait réponse à presque tout... Mais seulement, le «presque» fait que je me pose des questions... Lui avez-vous déjà posé des questions auxquelles il n'a pu répondre?

Ceci était ma question.

Merci bien.

Annie-Claude.

Dame,

Merlin a toujours répondu. Il a parfois hésité. Il a quelquefois attendu. Il lui est arrivé de répondre par une parabole, ou par un conte qui me paraissait très loin de ma question. Et à la même question, il ne m'a jamais donné deux fois exactement la même réponse. Mais il a toujours répondu.

Je me souviens de certains de ces jours qui ont frustré mon appétit d'enfant pour les certitudes. Il y a bien sûr celui que j'ai évoqué dans la lettre sur l'Amour. Ce sont ces questions-là qui lui étaient les plus difficiles. Merlin était un homme pudique, grandi trop vite. Les choses de l'amour ne lui étaient pas étrangères, car rien de l'humain ne lui était étranger, mais il fut aussi un être de contrôle, au moins jusqu'à Viviane, et il hésitait à faire certains gestes, à dire certains mots.

Je me souviens du jour où je lui ai demandé - je m'étais querellé avec Kay et Auctor, j'étais très jeune et très en colère-: «Pourquoi ma mère m'a-t-elle abandonné?» Je ne parviens plus, aujourd'hui, à me rappeler la réponse de Merlin. Mais je me souviens de son visage à l'instant de ma question, de la douleur fulgurante qui a crispé ses traits. Pendant une seconde, il est redevenu l'enfant arraché à sa propre mère, qu'il avait tant aimée. J'ai été bouleversé, et terrifié. Si Merlin pouvait souffrir, alors le monde devait être un champ de larmes, sans issue.

Je me souviens du jour, j'étais plus grand, je devais avoir douze ou treize ans, où j'ai demandé: «M'aimes-tu, Merlin?» Il n'a pas dit un mot. Il m'a pris par la main, et m'a emmené sur un sentier que je n'avais encore jamais suivi, et nous nous sommes tenus ensemble sur un cairn. Le soleil couchant passait entre les pierres levées, incendiait la forêt, les oiseaux éblouis éclataient dans le ciel, la terre vibrait sous nos pieds. C'était le plus beau spectacle, le plus violemment beau, que j'avais jamais contemplé. Une intensité, une violence, une beauté, une lumière, que je n'ai retrouvées ensuite que sur le corps des deux femmes que j'ai aimées d'amour. C'était certainement, je peux le voir à présent, la plus grande des réponses. C'était dire: «Je te donne le monde, Arthur.» Mais j'avais treize ans, et j'aurais préféré entendre: «Je t'aime, Arthur.»

Arthur, qui fut roi de Logres