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Votre Majesté,
De Lancelot et de Guenièvre, à qui en avez-vous voulu le plus?
Avez-vous connu le prince Méléagan?
Lorsque vous avez découvert la liaison de votre épouse avec Lancelot,
j'imagine que vous avez été très déçu. Quel aurait
été leur châtiment si vous ne leur aviez pas pardonné?
Si c'est la peine de mort, comment exécutez-vous les condamnés? À
la décapitation à la hache, à l'épée, la pendaison?
Qui est votre successeur au trône?
Respecteusement,
Flore
Dame Flore,
Je prends plaisir à entendre à nouveau votre voix.
Votre première question est troublante, ce qui suffit à prouver sa
valeur. Les questions qui ne dérangent rien ni personne n'ont que peu
d'intérêt, m'a enseigné Merlin.
Au début, j'en ai voulu davantage à Guenièvre: sa trahison était la plus
blessante. Cependant, je lui ai pardonné plutôt qu'à Lance. Peut-être
simplement parce qu'elle était plus près? Si Lancelot ne s'était pas
retiré en Petite Bretagne, ma colère contre lui aurait été plus
difficile à prolonger.
Les châtiments réservés aux épouses adultères étaient cruels, j'en ai
conscience: le bûcher ou la lapidation. S'il avait été jugé par un
tribunal, Lance aurait été décapité. L'injustice de cette différence
vous fera réagir sans doute, dame. Je ne vous contesterai pas ce point.
Mais Lancelot aurait certainement pu aussi être assassiné --plusieurs
ont essayé ---ou défié en duel de justice-- s'il n'avait été la
meilleure lame du royaume. J'ai pensé me battre moi-même contre lui,
même si mes conseillers tentaient de m'en dissuader. J'étais après tout
l'offensé, et aussi le seul qui aurait eu une chance contre lui. Mais
alors il a quitté clandestinement Camelot et la Bretagne. Certains ont
appelé ce départ une fuite, ont parlé de sa lâcheté, de sa honte. Mais
je sais bien que Lance préférait être accusé de lâcheté plutôt que de
lever l'épée contre moi.
Méléagant? C'était un imbécile, que Dieu lui pardonne.
Et mon successeur aurait dû être Mordred, mon fils et mon neveu, même si
Gauvain et certains de mes parents plus éloignés avaient leurs
partisans.
Soyez remerciée pour vos questions, dame.
Arthur de Bretagne
Cher Arthur,
Moi aussi, je pense que le fait que Lancelot ait fui ressemble à de la
lâcheté. Je suis sûre que vous l'auriez vaincu. Mais qu'importe la
victoire puisque l'on se bat par amour, on a déjà gagné; tué ou pas.
C'est vrai, les châtiments sont bien cruels. Entre le bûcher et la
décapitation, je trouve que Lancelot aurait eu plus de chance que
Guenièvre. Je comprends votre réaction mais de toute façon, leur mort ne
vous aurait pas rendu votre honneur. Le sang coule trop, beaucoup trop.
Respectueusement, Flore
Très chère dame,
Vous semblez avoir mal compris ma pensée. Je ne pense pas que Lancelot
ait été lâche. Au contraire. Il a toujours eu le courage le plus absolu,
le courage ultime: celui d'accepter l'humiliation. Il a toujours placé
son amour avant son honneur, ses sentiments pour un autre avant sa
propre dignité. Cela, j'étais incapable de le faire. J'en ai été proche,
une seule fois, et alors que j'étais très jeune, mais j'étais déjà roi,
et mes devoirs m'ont empêché de franchir ce pas.
Lancelot est parti en sachant qu'on l'accuserait de lâcheté, préférant
délibérément cette honte au risque de me blesser, de me tuer, ou
simplement de m'affronter. C'est peut-être la plus grande preuve
d'amitié que l'on m'ait donnée.
Pour le reste, vous avez raison. C'est le sang qui a noyé la fin de mon
règne et de nos rêves. Puissiez-vous vivre en un temps différent.
Arthur, qui fut roi de Logres |