Le voyage intérieur |
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| Que pensez-vous de «Mortal combat»? Jacques |
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| Messire, Je m'avoue perplexe. J'ai bien deviné que votre question renvoyait à une oeuvre, et pas seulement à l'idée d'un combat à mort. En ignorant tout, j'ai consulté sire Dumontais, qui m'a éclairé. Mais je demeure perplexe: en quoi mon avis lointain sur pareille question peut-il vous apporter satisfaction? Je m'y essaie, cependant, puisque cela est part de la règle du jeu que j'ai acceptée. L'idée de jeu n'est pas sans rapport avec celle du combat. J'ai connu moi-même cet enthousiasme, cet élan, ce moment où l'esprit et la conscience s'abîment tout entier dans la danse de métal et de chair. Mais un combat à mort? Oh, non, un combat à mort est tout autre chose. Une chose qu'aucune image, qu'aucun écran, ne peuvent approcher. Un combat à mort est désespéré. Et le désespoir est, de tous les sentiments, le plus humain. On ne peut le simuler. De plus, on me rapporte que ce jeu est considéré comme l'un des plus répétitifs qui existent en votre temps. Si cela est vrai, alors il ne ressemble pas à un combat : car aucun combat, et surtout pas un combat mortel, ne ressemble à un autre. Parfois on y est porté par une sorte de fureur sacrée. Parfois on y est pressé par le temps. Parfois on y joue comme avec une proie. Parfois on y sue et on y souffre. Parfois on y flotte comme dans un rêve mortel. Parfois on y hait, parfois on y aime. Parfois, trop souvent, on y pleure, et les larmes brûlent nos yeux. Enfin... on me dit aussi que dans ce jeu, on combat comme dans une lice d'entraînement, sans raison ni cause. En ce cas cela ne peut être un combat mortel. Un combat, s'il est mortel, ne peut trouver en lui-même sa propre fin. Cependant votre lettre avait pour titre «le voyage intérieur». Cette image sonne juste en moi. Le combat, chaque combat, est bien un voyage. Dont on sort changé. En espérant, et doutant, d'avoir répondu à vos attentes, Arthur, qui fut roi de Logres. Et demeure un guerrier. |