Les grandes décisions
       
       
         
         

matthieu_menard27@hotmail.com

      Cher Arthur

En tant que haut roi de Bretagne, il vous a surement été imposé à plusieurs reprises de faire des choix. Des choix qui non seulement pouvaient changer votre vie, mais aussi le destin de tout un pays.

J'ai moi aussi des choix à faire, certes moins importants que ceux que vous deviez faire pour la Bretagne, mais je me demandais comment pouviez-vous être certain que vous preniez les bonnes décision?

On ne peut jamais vraiment savoir quel sera l'impact qu'aura notre choix sur notre vie, mais dans ce cas, qu'est-ce qui nous pousse à prendre quand même une décision? Comment savoir si c'est la meilleure des solutions?

Je suis vraiment ravie d'avoir pu écrire à un personnage que j'ai beaucoup admiré pour toutes les légendes qu'il a su inspirer.

Caroline
         
         

Le roi Arthur

      Dame,

La décision collective n’est pas toujours du même ordre que la décision personnelle.

Quand la décision n’engage que nous-même, que le sort de notre corps, de notre âme ou de notre vie, on peut choisir pour guide cette chose mal définie que certains nomment la conscience. Si au lendemain d’un acte ou d’une décision, nous fuyons les miroirs et notre reflet, fuyons les miroirs plus douloureux encore de la solitude et de la méditation, alors certainement cet acte ou cette décision était indigne.

Quand la décision n’engage que nous-même, on peut faire ce choix-là : celui qui nous permet de toujours affronter en face le regard de notre reflet, dans tout miroir que nous présente le monde - y compris le plus impitoyable qui est le regard des êtres aimés.

Quand la décision engage un royaume, on ne peut pas. On est forcé, parfois, à un sacrifice auquel répugne toute notre nature, à un acte que nous jugeons indigne. Forcé d’endosser cette responsabilité aux yeux de notre conscience et peut-être aux yeux des siècles, afin de sauver ce qui peut être sauvé. La loi du plus grand nombre, dame, est la plus cruelle de toutes. Un perpétuel déchirement. Quelle âme peut admettre de laisser périr sereinement un être, homme, femme, enfant, pour la seule raison que sa mort empêchera cent autres morts ? La mienne ne l’a jamais pu. Les cauchemars d’un roi pèsent lourd sur un cœur, un lourd poids de métal et de sang.

Et parfois, même la décision personnelle engage des ricochets si longs, si complexes, si hasardeux, que l’esprit humain échoue à les prévoir. Alors, nous hésitons, comme sans doute vous hésitez. Parfois, nul choix n’est plus digne que l’autre, nul choix n’est plus lâche que l’autre. Et mes conseils, restreints par l’ignorance que j’ai de vous, trouvent ici leur limite.

Ceci, peut-être : redoutez les regrets. Faites votre possible pour éviter de créer ces monstres gris, quand vous le pouvez. Nos vies en traînent toutes bien trop. Agissez.

Mais ne craignez pas le doute: c’est lui, disait Merlin, qui pave la route de la ¸sagesse. On n’est jamais, jamais certain qu’une décision soit la bonne. Simplement, il arrive un moment où on cesse de se poser la question.

Arthur, qui fut roi de Logres