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Le roi Arthur

     
   

Le pardon

    Noble roi Arthur.

Avez-vous pardonné à la reine Guenièvre sa passion envers Lancelot?

Et votre fils, Mordred, lui auriez-vous pardonné même s'il voulait le mal?

Mes salutations au noble Gauvin et à la belle Morgane.

Gwladys


Dame Gwladys,

J'ai pardonné.

Ce fut mon plus long parcours, ma plus dure épreuve, et je ne le crains pas de le répéter encore et encore aux visiteurs de Sire Dumontais.

J'ai pardonné à Guenièvre et à Lance à qui je n'aurais jamais dû avoir à pardonner, car je fus, sans doute, plus fautif qu'eux.

J'ai pardonné à Morgane, que j'ai toujours trop aimée pour la blâmer.

Et j'ai pardonné à Mordred.

Je lui ai pardonné, mes larmes en témoignent.

Mais n'est-il pas trop tard?

Le sang d'un fils ne se lave pas.

Je m'efforcerai de saluer pour vous ma soeur et mon cousin, si leurs rêves ou les miens rapprochent nos esprits.

Arthur, qui fut roi de Logres



Grand roi Arthur.

Merci de m'avoir répondu.

Encore une question s'il vous plaît:

Avez-vous revu Guenièvre après sa fuite avec Lancelot et quel âge aviez-vous tous deux?

Merci.

Gwladys


Dame Gwladys,

J'ai revu Guenièvre, oui. J'ignore quel rapport de ces événements vous avez pu lire ou entendre, mais jamais la rupture entre nous ne fut définitive. Jamais non plus Guenièvre n'a manifesté face à moi colère ni rancoeur, ni quoi que ce soit d'autre que de la dignité, de la tendresse et de l'amour. C'est moi qui n'ai pas su le voir. C'est moi seul qui fus coupable.

Je me souviens avec une douloureuse acuité de notre dernière rencontre sur la Terre des Vivants. J'étais armé en guerre, j'étais las, j'étais triste. Je n'étais plus même porté par l'énergie de la colère, par l'aiguillon de la jalousie. La menace représentée par la défection de Lancelot pâlissait en face du danger de Mordred et de ses partisans.

Je m'apprêtais à monter en selle, quand trois femmes en habits religieux ont avancé vers moi. En tête marchait ma Guenièvre, grande et belle, très reconnaissable sous son voile. Elle venait tenir mon étrier, et j'ai été violemment ému de ce geste. J'ai posé la main sur sa tête, pour la bénir, pour lui dire que tout est pardonné. Elle a levé les yeux vers moi: «Seigneur, m'a-t-elle dit, ne partez pas.» J'étais plus ému encore. J'ai simplement dit: «Je le dois.»

Je l'ai regardée du haut de ma monture. Plus que tout, je désirais la prendre dans mes bras et demeurer à ses côtés, quitte à abandonner le royaume à Mordred. Mais tandis que je m'éloignais, elle a dit encore: «Ne partez pas, Arthur. Pas encore. Attendez au moins les renforts de Bretagne. Lancelot ne vous abandonnera pas. Attendez-le.» Et mon coeur s'est fermé.

Je n'ai pas vu quel immense courage il lui fallait pour prononcer de telles paroles. J'ai refusé aussi de voir qu'elle avait raison et que, effectivement, Lance viendrait. Je ne l'ai jamais revue en ce monde.

Quel âge avions-nous, dame? Nous étions vieux. Moi, surtout, me sentais vieux et usé. Elle m'a toujours semblé magnifiquement belle.

Arthur, qui fut roi de Logres