Le christ |
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| Très cher roi Arthur, J'ai discuté très longuement avec votre soeur et en suis venu à une conclusion: ce que l'on écrit dans les livres est, en fait, ce que les auteurs pensent de votre légende. Alors, pourriez-vous m'expliquer (en résumé) votre histoire? Aussi, je voudrais savoir pourquoi vous vous êtes tourné vers le Christ lors de votre règne, la déesse vous aurait sûrement aidé, et pourquoi vous avez trahi votre parole. Avec mes plus respectables salutations, Isabelle |
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| Dame Isabelle, Certaines des questions que vous me posez l'ont déjà été par d'autres épistoliers. J'ai rappelé les événements de mon histoire en réponse à la lettre intitulée «Ta vie». Cependant, si, à sa lecture, d'autres questions se posaient, n'hésitez pas à m'écrire à nouveau. D'autant que, comme vous le notez justement, un récit, et plus encore une légende, n'est rien de plus qu'un regard particulier. Le regard d'un poète, de mon temps ou du vôtre. Ou mon propre regard, qui ne vaut pas forcément davantage que le leur. Qui peut prétendre exercer une lucidité absolue sur son propre passé? Pour moi, je ne le puis. Votre autre question, sur le conflit entre la Déesse et le Christ, semble agiter bien des dames de votre temps. J'ai tenté déjà de m'expliquer à ce sujet avec la noble dame Yvaine (voir La politique et vous). Néanmoins, il s'agit d'une question importante, tant pour moi que pour vous, et je vais m'efforcer de clarifier à nouveau ma position. Je suis, avant tout, un roi. Le rôle du roi est politique et la politique est, pour une large part, affaire de compromis. La tâche d'un roi est de faire en sorte que les plus dissemblables de ses sujets puissent vivre ensemble, dans un royaume unique, avec le plus de justice possible. C'est ce à quoi je me suis efforcé des années durant. La question du culte n'a pas fait exception. Non, je n'ai pas chassé de Logres les disciples du Christ. Je n'ai pas remis en cause les terres ni les coeurs qu'ils s'étaient acquis et je les ai laissés en acquérir d'autres, dans le respect du droit et des lois. Pourquoi aurais-je fait autrement? Les disciples du Christ étaient une force prêchant la paix et l'harmonie, et c'était là choses dont nous avions le plus grand besoin. Mais je n'ai pas non plus pourchassé les fidèles de la Déesse, ni interdit leur culte. J'étais lié à eux, à elles, par les liens du sang et de l'amour, et je les ai plusieurs fois défendus contre leurs détracteurs. J'ai cru, peut-être naïvement, que ces deux fois n'avaient rien de contradictoire et pourraient coexister en paix. Peut-être ai-je eu tort. Je comprends, en lisant vos lettres et en écoutant sire Dumontais, à quel point les deux religions changeront, changent, ont changé. Peut-être ai-je échoué à prévoir cette évolution. Dame, si mes mots vous peinent, j'en suis triste. Mais je ne regrette pas, malgré tout, le choix que j'ai fait. Le Christ est, ou était, une force... d'union. Rejeter sans appel ses partisans aurait été rejeter Logres hors du monde et hors du temps. Je ne regrette pas. Si, à l'heure où vous m'écrivez, le rapport s'est renversé, si dans votre présent ce sont les adeptes de la Mère qui portent l'espoir de l'avenir et si les disciples du Christ-Dieu ont eux-mêmes échoué à évoluer, alors, bien sûr, vos décisions doivent en tenir compte. Je ne donne pas de conseil: je ne fais oeuvre que de mémoire et de justice. La suite est vôtre. En espérant avoir répondu à votre attente, je vous salue, Arthur, qui fut roi de Logres |