Égalité |
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| Cher roi Arthur, Tout d’abord je vous salue, de la manière respectueuse dont on doit saluer un grand roi qui le mérite. Ensuite, je voudrais vous parler d’égalité. J’ai pu constater que c’est un des principes que représentait la Table ronde. Croyez-vous vraiment que tout être humain soit égal? D’un homme à une femme, d’un Blanc à un Noir, existe-t-il une forme de supériorité ou d’infériorité? Merci d’avance pour votre réponse. Marianne |
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| Dame Marianne, Qu'est-ce que l'égalité, dans votre bouche? J'ignore si nous prêtons au mot le même sens, en nos temps si différents. Si l'égalité est l'identité, alors je ne puis affirmer que l'égalité soit absolue. Un homme et une femme sont différents, comme tout être humain. Chacun a ses qualités et ses défauts. Certains seront toujours plus forts physiquement, certains auront toujours un esprit plus brillant, certains un plus beau visage - à ces différences-là, qui sont bien des supériorités et infériorités, nous ne pouvons rien. Différents aussi sont les devoirs de chacun, liés au rôle de chacun dans le monde et la société. Les devoirs d'un roi sont plus nombreux que ceux d'un paysan, et de nature différente. Je ne puis le dissimuler, ni le fait que le pouvoir va souvent de pair avec le devoir. De la nécessité de certaines égalités je suis cependant convaincu, et j'ai tenté de les établir dans le royaume de Logres. Tout être, homme, femme, chevalier, manant, a droit à la justice et à la protection de sa personne et de ses biens. C'est l'une des fonctions, l'une des plus grandes missions, du roi et de ses chevaliers. Tout être a le droit, idéalement, de vivre dans un monde en paix. Simplement... le droit est si loin de la réalité, parfois... C'est à rapprocher ces deux mondes, le monde réel et le monde idéal, que nous avons travaillé. L'égalité au sein de la Table est encore d'une autre nature, puisqu'elle n'implique que des êtres déjà choisis, élus, d'une façon ou d'une autre. J'ai conscience des limites que cela pose à notre rêve. Mais le pouvoir de décider est un don dangereux, Dame, et en mon temps il ne pouvait être donné à tous. Il ne pouvait être donné qu'à ceux dont l'éducation, le sens, les responsabilités, étaient suffisants pour leur permettre d'exercer un tel pouvoir sans sombrer dans la folie et le chaos. Peut-être, au temps où vous vivez, l'éducation et le sens sont-ils si bien répandus que tous les hommes et femmes du monde seraient jugés dignes de siéger à la Table: s'il en est ainsi je vous envie, car alors vous habitez le rêve de Merlin. Je prévois cependant le reproche que vous me ferez: à la Table, aucune dame. Et je ne puis nier que bien des dames de mon temps avaient le sens, l'éducation, les responsabilités suffisantes pour exercer leur pouvoir de décision. Beaucoup le faisaient, d'ailleurs. Beaucoup avaient des qualités plus grandes que nous autres. Là-dessus je n'ai qu'une défense à présenter: la politique, dame, doit s'accommoder des limites des hommes de son temps. Sans quoi elle est condamnée à ne rester qu'un rêve, un projet. Sans quoi elle sera rejetée par les hommes. Le royaume que nous avons bâti, Merlin et moi, et tous les autres, était déjà démesurément différent de toutes les habitudes de Bretagne, de tout ce que les gens de Logres avaient vécu. Il nous fallait lui donner des assises solides, ancrées dans leur terre et dans leur passé. Il fallait qu'ils l'acceptent, car aucun pouvoir, même royal, ne peut imposer cela. Et ils n'auraient pas accepté que des femmes siègent à la Table. Le pouvoir des femmes s'exerçait autrement. Je suis heureux que cela, au moins, ait changé. Arthur, qui fut roi de Logres Post Scriptum: Je n'ai pas évoqué l'autre différence que vous mentionnez, mais sire Dumontais m'a expliqué que le mot de «Noirs» renvoie dans votre langue aux peuples africains, et que les Bretons sont des «Blancs». Cette distinction ne peut s'appliquer au royaume de Logres, car les seuls Africains y étaient les marchands des navires de commerce qui touchaient périodiquement nos côtes, et leur statut était celui de tout commerçant étranger, à la fois protégé par les lois de Logres et soumis à elles tant qu'il était sur notre sol. |
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| Cher roi, Il est vrai que chaque personne est différente et a des pouvoirs et des devoirs bien à lui, je n’ai rien à redire à cela. Je suis satisfaite de votre réponse concernant le droit à la justice et à la protection de sa personne. C’est plutôt à cette dimension que je pensais initialement. D’après moi, chacun a droit aussi au respect et à sa vie privée. Dans votre temps, les hommes et les femmes avaient des tâches distinctes; ainsi, il n’y eut pas de femme siégeant à la Table Ronde. Rendu au XXIe siècle, la plupart des tâches peuvent être accomplies par des femmes autant que des hommes. Évidemment certains secteurs restent majoritairement la part des hommes ou celle des femmes, mais il n’est pas impossible pour une femme de s’introduire dans un secteur typiquement masculin. Ici je fais mention de la situation au Québec. Malheureusement (pour moi), ce n’est pas comme ça dans tous les pays. Dans certains, les femmes sont encore soumises aux hommes. D’après vous doit-il en être ainsi? Les femmes sont-elles faites pour subvenir aux besoins des hommes ou ont-elles droit à leur indépendance? Merci de me consacrer un peu de temps une fois de plus. Marianne |
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| Dame Marianne, Votre question est un peu faussée: les peuples qui ont refusé aux femmes leur indépendance ne leur imposaient pas la tâche de «subvenir aux besoins des hommes»: tout au contraire, les hommes devaient subvenir aux besoins de leurs épouses et parentes. Mais pour un homme qui a eu mon éducation et ma vie, il n'existe qu'une réponse à votre question. Les femmes sont très capables d'exercer un métier -j'en ai d'ailleurs connu beaucoup- et donc de demeurer indépendantes, et même libres d'hommes si elles le souhaitent. Un homme qui a Morgane pour soeur pourrait-il vous faire une autre réponse? Morgane est plus vive, plus savante et plus forte que tous les hommes de ma connaissance -excepté Merlin. Simplement, d'autres femmes font un autre choix. Les dames que j'ai connues et qui se consacraient aux charges traditionnelles d'une épouse n'étaient ni moins habiles ni moins actives, et dirigeaient souvent les domaines de leurs époux retenus ailleurs par la guerre. Je regrette que tous les peuples, en votre temps lointain, n'aient pas encore reconnu cette vérité, et je pleure sur le sort que les fils d'Adam imposent à leurs compagnes. Arthur, qui fut roi de Logres |