Compagnons |
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| Majesté. Votre nom a traversé les siècles et est entré dans l'histoire. Quels étaient ces valeureux compagnons qui siégeaient à votre table, partageaient les dangers sur les champs de bataille et ont fait de votre règne une période légendaire? Gilles. |
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| Les questions, disait Merlin, sont d'étranges bêtes.
Chaque question est une épreuve et un piège, même innocent, et
l'on peut choisir de s'y soumettre ou de la fuir. Chaque question est un dragon,
qu'il convient d'affronter ou d'apprivoiser. Lisant la vôtre et pensant à Merlin qui sera dans mon âme et dans mon esprit jusqu'à la fin, je me demande de quelle sorte de dragon il s'agit. Est-ce un moyen de mettre à l'épreuve ma mémoire voilée par les siècles et les brumes d'Avalon, d'attendre une longue litanie, cinquante noms qui tous furent grands, de Perceval à Gauvain, de Lionel à Bohort, d'Agravain à Yvain, de Loth à Kay - et tous les autres? (Et Lance, bien sûr, que nul n'a oublié.) Est-ce une façon courtoise de me faire remarquer que l'Histoire, comme toujours, s'est montrée infidèle et partiale, gravant à jamais le nom d'un roi imparfait et livrant à l'oubli ceux de certains dignes chevaliers? Mais, Sire Gilles, c'est cela qu'est un roi. Un nom et un symbole qui sont plus grands que lui. Plus grands que moi. Un nom qui doit demeurer pour que demeure aussi le rêve qui a engendré mon royaume. De mes compagons, certains restent indissociables de la légende de Logres. D'autres ont donné naissance à leurs propres histoires. D'autres encore dorment, ensevelis au secret de quelques coeurs, dont le mien. Ce sont, peut-être, les plus heureux. Et je vous remercie d'avoir conduit jusqu'à moi ce dragon, qui n'est pas le moins sombre ni le moins dangereux que j'aie connu. Arthur, qui fut roi de Logres |