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AlexandreA105505@aol.com
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Chevaliers, elfes et femmes |
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Majesté,
J'aimerais poser quelques questions à un homme aussi preux que vous. Ne m'en veuillezpas, votre Grâce, si elles vous ont déjà été posées. Comment un homme peut-il devenir chevalier en votre cour? Que pensez-vous des Elfes?Avez-vous déjà aimé une autre femme que Guenièvre? Votre jeune serviteur. Alexandre, 14 ans Jeune seigneur, Je n'ai nulle raison de vous en vouloir, quand vous vous adressez si courtoisement à moi. Les hommes qui sont devenus chevaliers à ma cour se devaient de respecter des règles et des valeurs qui n'incluaient pas seulement leurs qualités de guerrier ou de dirigeant, ni seulement leur fidélité au royaume, mais aussi leur comportement en toute circonstance de la vie. Un homme qui refusait d'appliquer ou de se soumettre à la justice royale, même si elle le lésait, n'était pas digne du titre de Chevalier de la Table. Il m'est arrivé aussi de chasser de la Table un homme qui maltraitait les femmes: cette décision me fut reprochée par certains de mes conseillers, qui ne comprenaient pas en quoi une attitude si répandue pouvait poser problème. Mes chevaliers se devaient de donner l'exemple en tout domaine: c'est àcette condition seulement que nous pouvions maintenir la paix et notre autorité. Déjà de mon temps, les elfes, les êtres-fées, le peuple des Sidh, n'étaient que légendes. Une légende proche et vivace, certes, dans les coeurs de mes sujets, et aussi dans le mien, car j'ai été élevé à la campagne. Les chrétiens voyaient d'un mauvais oeil de telles croyances, et assuraient que ces créatures, n'ayant pas été faites par Dieu à son image, représentaient forcément un péril pour nos âmes. Plusieurs de mes chevaliers, malgré tout, ont rapporté avoir croisé oucôtoyé de tels êtres. Quelques-uns se sont même épris de dames qu'ils pensaient issues de ce peuple. À présent que je me trouve en Avalon, où nombre d'entre eux se sont retirés, je me vois conforté dans l'idée qu'ils sont une part intégrante de la magie des Bretagnes, de mon propre héritage et des forces qui protègent nos royaumes. Mais d'une certaine façon, les chrétiens n'avaient pas tort: à les approcher de trop près, on court un mortel péril, de ceux dont les coeurs ne reviennent pas. La nostalgie puissante que distille leur présence est un poison plus sûr que ceux du Malin. Certains, cependant, affirment que cen'est pas trop cher payé pour de tels enchantements. J'ai aimé une autre femme que Guenièvre, oui. Ma soeur Morgane. Soyez digne, soyez exemplaire. Sachez affronter la poignante beauté de l'Autre Monde. Sachez aimer. Arthur de Bretagne |
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Majesté, Je vous remercie pour ces réponses. Je pense que vous avez raison de chasser les hommes maltraitant les femmes et les enfants, c'est un mauvais exemple pour les apprentis chevaliers. J'ai une question peu répandue: Est-il déjà arrivé qu'une vierge porte l'épée? Et une autre sur votre aimée: Comment a été votre première rencontre avec elle? Votre jeune serviteur, Alexandre Mon jeune ami, Il est arrivé, très rarement, qu'une jeune fille prenne les armes, dans des circonstances très singulières. L'une d'elles, déguisée en garçon, a même réussi à venger le déshonneur de son père et la mort de ses frères. De telles histoires demeuraient bien sûr marginales, et aucune dame ni demoiselle n'a jamais siégé à la Table. Certaines de vos contemporaines m'ont exprimé leurs regrets à ce sujet. Un jeune homme tel que vous a-t-il la même opinion? Cela indiquerait sans doute possible à quel point le monde a changé, et je ne pourrais que m'en réjouir. Vous m'interrogez sur ma première rencontre avec mon aimée... Mais de laquelle des deux s'agit-il? Est-ce ma première rencontre avec Guenièvre ou avec Morgane dont il vous plairait d'entendre le récit? Arthur, qui fut roi de Logres |
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Majesté, À mon époque, l'égalité des hommes et des femmes s'est renforcée (le droit de vote est légal pour les deux sexes dans mon continent) même si cela n'est pas vraiment lecas, malheureusement, dans certains pays. Dans mon cas, je dirais oui pour cette égalité. Dans les histoires, les jeunes filles prennent les armes soit pour la volonté de Dieu (c'était le cas pour Jeanne d'Arc, une paysanne du royaume de France), soit pourl'honneur de son peuple et de sa famille. J'aimerais savoir les circonstances de votre rencontre avec Guenièvre mais aussi,tant qu'on y est et si vous avez le temps bien sûr, avec Morgane. Merci de votre patience. Votre jeune serviteur, Alexandre Ami, Ma rencontre avec Guenièvre ne vous paraîtra sans doute guère romanesque. De fait, je ne l'ai rencontrée que le jour de notre mariage, ce matin de mai où je l'ai vue apparaître, très droite, très courageuse, couronnée de fleurs et de soleil, à la porte de Camelot. De toutes les joies qui ont béni mon existence, c'est peut-être celle qui m'émerveille le plus. Qu'un choix politique ait pu se porter sur cette femme admirable en tous points, qu'un mariage arrangé ait pu donner naissance à un amour aussi grand et aussi durable, c'est une grâce qui est rarement accordée. Mon admiration, ma tendresse,mon amour pour Guenièvre n'ont pas cessé de croître, de jour en jour, depuis notre première rencontre. Pour Morgane... ce fut très différent. Elle m'a toujours raconté qu'elle m'avait vu nouveau-né, quelques heures après ma naissance, mais bien sûr je ne peux me souvenir de cette rencontre-là. Je ne l'ai donc vue que longtemps plus tard, lorsque j'étais un jeune homme de seize ans qui venait de monter sur le trône de Logres. Je me souviens que le soleil se couchait quand elle est apparue, à cheval et sans escorte, comme elle aimait à le faire. Je fus ébloui: par sa beauté, par sa force, par la formidable intelligence qui brillait dans ses yeux. Je me souviens aussi que cette rencontre a inquiété Merlin tout de suite. «Sois prudent, Arthur» m'a-t-il dit. Pour la première fois de ma vie,je ne l'ai pas écouté. Lui n'a pas insisté, pour des raisons que je n'ai comprises que plus tard. J'espère avoir satisfait votre requête, Arthur de Bretagne |
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