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Le roi Arthur

     
   

Avec tous mon respect...

    Très Grand Roi Arthur, que j'admire énormément,

Vous m'avez l'air extrêmement amer (et très gentil). Je ne me souviens pas de la fin de votre vie. Quel est le rapport entre Mordred, le Graal et les envahisseurs de la Belle Angleterre? Excusez-moi si je réveille en vous de mauvais souvenirs mais j'ai besoin de comprendre...

Ainsi, vous n'avez pas eu d'enfants de la Reine Guenièvre? Est-il vrai qu'elle alla dans un couvent?

Merci d'avance,

Adeline, 13 ans

P.S.: J'admire aussi beaucoup votre soeur Morgane, peux-tu lui faire un petit coucou de ma part?


Demoiselle,

Suis-je amer? Suis-je gentil? Merlin m'a enseigné à être gentil, car cette courtoisie était pour lui indissociable de la noblesse et de la royauté. J'espère ne pas être amer. Amer est celui qui ne se souvient que de la souffrance, ne parle que de la souffrance. J'ai été heureux et malheureux. Je crois me souvenir des deux également. Et je ne souffre plus: point d'amertume en Avalon où la terre est toujours jeune.

Vous posez maintes questions. Certaines sont simples: Guenièvre ne m'a jamais donné d'enfant -- ce fut une souffrance. Elle se retira dans un couvent au temps de notre brouille. Une souffrance, encore.

Mais votre première question n'a rien de simple. Je l'ai tournée et retournée dans mon esprit, me demandant s'il existait un rapport, si finalement il y aurait un rapport que je n'aurais pas vu, entre Mordred, les Saxons, et le Graal. S'il en existe un, un rapport de sens et d'essence, je ne l'ai pas trouvé.

Je sais seulement qu'il s'agit de trois ères de mon règne. D'abord, les Saxons. Les ennemis qui m'ont fait roi. S'ils n'avaient pas tant menacé les royaumes de Bretagne, jamais je n'aurais réussi à faire l'union autour de moi. Je les ai combattus, repoussés, j'ai signé des traités, j'ai fini par en accueillir, en assimiler certains. Ce furent mes années de gloire, de victoire, de fondation, de loi. J'ai dit «les ennemis qui m'ont fait roi» et ce n'est pas un paradoxe. Sans la guerre que les Saxons nous ont faite, je n'aurais jamais pu établir la paix.

Puis il y a le Graal: l'autre facette de la royauté, le sacré, le secret, le symbole. Le Graal qui a toujours été partie prenante de la royauté qu'avait voulue Merlin et du trône qu'il m'a préparé. Pourtant la quête du Graal, séparant les chevaliers, les éloignant de leurs devoirs, de leurs terres, de leur épouse, de leurs frères et de leurs enfants, a précipité la fin du royaume de Logres.

Et Mordred, qui était tout cela. Mordred qui n'a jamais approché le Graal, qui était l'éternel laissé en arrière. Mordred, mon fils et mon neveu, un enfant perdu qui a cristallisé les mécontents et amené la fin, peut-être sans le vouloir.

Les Saxons, ennemis extérieurs, nous ont unis. La perte est venue de l'intérieur, du plus intérieur, du plus intime de moi: de Mordred. Et le Graal, conçu pour nous unir... Je ne sais toujours pas s'il nous a perdus ou sauvés, préservés pour l'éternité dans vos mémoires.

J'espère vous avoir satisfaite, demoiselle, et serai ravi de transmettre vos amitiés à ma très chère soeur.

Arthur, qui fut roi de Logres