Fenrir@dialogus2.org
écrit à

   


Le roi Arthur

     
   

Au grand Arthur

    Bonjour Sir,

Pourriez-vous me décrire en détail votre épée Excalibur ( longueur, poids, largeur…)?
Pourriez-vous aussi m'indiquer si elle avait des pouvoirs surnaturels ou des capacités spéciales?
Je vous demande tout cela, car je suis moi-même un épéiste et je voudrais devenir aussi fort que vous.

Merci de m'accorder un peu de votre temps.

Fenrir fils de Loki.

 

Jeune seigneur,

Je loue votre désir, car l'art de l'épée est l'un des plus grands qui s'offre aux hommes. Mais, si différent que soit votre temps, je ne puis concevoir en quoi de telles mesures pourraient servir votre but. Est-ce forgeron que vous souhaitez devenir ? Mais même les grands forgerons que j'ai connus s'attachaient à d'autres attributs que la taille et le poids de leur lame. Une vraie et grande épée, est davantage que du métal façonné pour adopter une forme acérée. Une grande épée a une âme, un secret, qu'elle ne livre qu'à ceux qui sont dignes de la porter ou, plus humblement, à ceux qu'elle choisit.

Et Excalibur était de celles-là.

Je m'en suis déjà expliqué avec l'un de vos contemporains, et vous invite vivement à lire cette correspondance titrée «Excalibur».
Je vous engage aussi à ne pas oublier que c'est l'esprit de l'épéiste qui compte davantage que le tranchant de l'épée; ce qui compte, c’est la précision et la force du bras qui la manie, le contrôle et la promptitude de l'esprit qui la guide, la grandeur et la noblesse du coeur qui l'inspire.
Je vous souhaite courage et persévérance, et de ne jamais sombrer dans la noire sauvagerie que porte le nom de Fenrir.

Arthur de Bretagne


Cher Roi,

Moi, Fenrir, je vous ai posé toutes ces questions, car mon père Loki se demandait comment les flammes qu'il connaissait si bien ont pu engendrer une telle épée.
Sachez que je ne suis pas un sauvage, mais un loup voulant se venger des dieux qui m'ont attaché. Je ne suis pas une bête sanguinaire, je ne fais que défendre ma famille.
Soyez notre allié, puissant Arthur.

Fenrir fils de Loki.


Seigneur-Loup,

J'ai pour vous respect et sympathie, comme pour tout enchaîné. J'ai eu, autrefois, un loup pour compagnon, et ce peuple ancien est l'un des plus remarquables de notre monde. J'ai pour votre père une compassion qu'il détesterait sans doute, mais qui est bien plus que de la pitié. L'éternité du supplice est une idée qui horrifie le presque mortel que je suis.
Mais je ne me joindrai pas à votre combat. Il n'est pas mien. Il ne l'est en aucune façon.
La défense d'une famille, quelle qu'elle soit, ne peut être un objectif de roi. Le travail d'un roi est d'étendre la protection d'une famille à celle de toutes les familles d'un royaume. Le travail d'un roi est de remplacer la vengeance privée par la justice souveraine.
Et votre histoire, si grande, si tragique, si divine soit-elle, est une vengeance privée que je ne puis cautionner.

Arthur de Bretagne


Roi,

Je puis répondre que mon combat est aussi le vôtre, puisque c'est celui de l'humanité tout entière. C'est la bataille de la fin des temps.
Dormez en paix.

Fenrir le loup ne voulant que la justice.


Seigneur-Loup,

La fin dont vous parlez, la fin des dieux et des héros, n'est pas la fin des temps. Elle n'est que la fin de notre temps. Le monde continuera loin au-delà de nous.
J'ai écouté les contes de vos bardes du Nord de passage en Bretagne, égarés, voyageurs ou prisonniers. Je continue de penser qu'ils expriment une différence essentielle entre votre peuple et le mien: vous croyez que tout finira par une guerre, nous nous efforçons de fonder une paix.

Bonne chasse à vous.

Arthur, Roi.
 


Ne vous leurrez pas, la paix et la prospérité amènent toujours la guerre. Ce principe est dans la nature de l'Homme.
En tous les cas, je puis vous dire que le Ragnarök scellera bel et bien la fin de notre temps.
Alors, préparez-vous!

Fenrir, heureux de discuter avec quelqu'un qui ne songe pas qu'à la guerre.


Dieu-Loup,

Que la guerre soit la fin inéluctable de nos royaumes et de notre histoire ne change rien à notre devoir. Je continue de croire que la dignité de l'homme réside dans son combat contre cette fin et contre cette fatalité. Que ce combat soit vain, sans doute, ne doit pas nous arrêter. Il faut essayer, encore et encore. Si nous n'essayons pas, nous ne méritons pas le nom d'hommes. Tout conflit arrêté, toute année de paix préservée, est une victoire, si infime soit-elle.
Mais vous n'êtes pas un homme, Seigneur, et je comprends que votre vision ne peut être la même.
Pour le reste... je suis prêt.

Arthur, Pendragon de Bretagne