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a_taliesin@hotmail.com |
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Arthur aimait-il vraiment Guenièvre? |
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| Ô mon Roi, Je suis Taliesin ap Elphin du Gwynned, Grand Barde au service du seigneur Uryen Rheged. Je viens à vous pour apprendre ce qui m'est encore inconnu. Je chante vos louanges, car vous êtes grand, Ours de Bretagne, immense dans vos joies les plus sincères comme dans vos colères les plus sombres. Je reste à jamais votre plus fidèle serviteur. Cependant, ais-je raison d'entreprendre pareil dithyrambe alors même que d’aucuns prétendent voir en vous le pion de Merlin? Inconstant, mesquin, cruel, Arthur ne devait pas être roi. Bâtard d’Uther, son accession au trône n’est due qu’à l’influence de puissances qui le dépassent. Voilà ce qui se dit parfois sur l’Ours de Bretagne. À cela, je réponds que l’armée des Dragons vous suivrait jusqu’aux tréfonds du monde et que chacun mourrait pour vous si vous en esquissiez le moindre désir. J’y vois là l’inestimable marque des monarques de droit divin. Pourtant, le doute me ronge. Alors oui, vous êtes un indicible seigneur de la guerre, certes, le royaume de l’Eté fut prospère comme jamais il ne le sera plus, mais, malgré cela, comment excuser votre faiblesse vis-à-vis de Guenièvre? Lancelot et elle précipitèrent la chute de l’oeuvre des chevaliers de la table Ronde. Ce qui m’amène à la vraie question de mon entretien avec vous, mon Roi: aimiez-vous réellement Guenièvre? Vous lui avez, certes, offert le corps, mais lui laissiez-vous prendre également le coeur? Ou ne fut-elle qu’une reine de substitution tentant vainement de suppléer le vide laissé par la belle Léonor du Gwent? Sa matrice scellée n’a-t-elle pas joué en sa défaveur alors même que la fille de Cywryd vous offrait deux héritiers? Enfin, l’auriez-vous seulement regardée si le feu de la vie n’avait pas cessé de brûler chez celle que l’on nomme parfois Lyzianor? Si Guenièvre aime Lancelot, n’est-ce pas parce que vous-même ne saviez pas lui témoigner le merveilleux amour que vous offriez naguère à celle qui partageait votre couche? Oui mon Roi, je reste persuadé, et il n'en tient qu’à vous de l’infirmer, que Lancelot, tout champion fût-il, n’aurait jamais su capter l’attention d’une dame heureuse. À cela, peut-être peut-on finalement conclure en vous imputant, à vous même mon Seigneur, la chute de Camelot. Je vous prie d’excuser la brutalité de mes analyses, mais un homme dans le doute peut parfois se montrer maladroit pour trouver la lumière de la vérité. Sachez pourtant que moi, Taliesin ap Elphin ap Gwyddno, je reste à jamais votre Cymbrogi. Éternellement vôtre. Taliesin Mon vieil ami, Ou le frère ou le reflet ou l'ombre de mon vieil ami, du Taliesin que j'ai connu, estimé et aimé. Je me souviens d'avoir un jour, dans mon enfance, posé cette question à Merlin: «Y a-t-il d'autres mondes, Merlin? - Une infinité, pour autant que nous sachions.» Une infinité, c'était beaucoup trop abstrait pour le petit garçon que j'étais. «Pourrai-je y aller, un jour, ai-je demandé avec espoir? - Dans certains cas, peut-être. Et puis, vois-tu, les hommes et les femmes qui laissent des traces profondes et belles dans leur monde, qui deviennent des légendes, tristes ou heureuses, finissent toujours par accéder aux autres mondes, par y exister aussi.» J'étais enfant, et n'avais pas compris. Mais, depuis que je suis en Avalon, qui est un lieu d'Autre-Monde -- depuis que j'écoute les voix de demain -- je comprends. Car dans ces voix d'Autre-Temps se glissent parfois quelques voix d'Autres-Mondes, comme celle de Derfel Cadarn («Pour les Bretons!»). Ceux-là, comme vous, ressemblent à des hommes que j'ai connus, mais leurs mots évoquent de troublantes variantes de la vie que j'ai vécue. Ainsi, je me souviens bien de la beauté de la fille de Cywryd et d'avoir dormi une nuit dans ses bras, mais jamais elle ne m'a donné d'enfant. Je me souviens aussi de Leonor, mais jamais cette admirable dame ne partagea ma couche. Quant au nom de Lyzianor, il résonne dans cette partie de ma mémoire que Merlin appelait «la mémoire des ancêtres» ou celle des «vies passées»: je connais ce nom, mais je ne sais comment. Je ne saurais vous reprocher vos dures paroles, mon ami. Elles sont méritées. Bien sûr, je ne puis répondre pour l'Arthur que vous avez connu et qui me ressemble comme un jumeau. Je parle pour moi, rocher perdu dans l'océan des temps qui sépare les mondes. Oui, c'est moi qui suis la cause de la chute de Logres, autant sinon plus que Guenièvre et Lancelot. Depuis que je demeure en Avalon, je le vois clairement et le répète, car lucidité et pénitence font partie des devoirs d'un roi. Je suis coupable envers Guenièvre: non de ne pas l'avoir aimée, mais de l'avoir mal aimée. J'aimais et j'aime Guenièvre, qui est ma lumière et ma vie, le lien qui me rattache à la terre, à ce royaume et à ce monde. Mais je ne l'ai pas dit assez, pas montré assez. Je suis parti au loin. Trop souvent, trop longtemps. Je lui ai, inconsciemment, refusé l'accès à une partie de moi, que je gardais jalousement fermée et secrète. Et moi qui m'émerveillais de pouvoir aimer d'amour deux femmes en même temps, je n'ai pas accepté que Guenièvre me rappellât notre égalité en agissant comme moi, en donnant son amour à un deuxième homme. Aussi vos paroles sont-elles justes, en fin de compte. Je peux à présent accepter cette responsabilité, tout comme j'accepte votre hommage: avec humilité, avec un émerveillement toujours renouvelé. Continuez de douter, mon vieil ami. Merlin n'a jamais cessé de me le répéter: le doute est le seul chemin que peut suivre un homme en quête de lumière. Arthur ap Uther, Brenin |
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