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richard_de_tourvelles+yahoo.fr |
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Âmes soeurs |
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| Sire, Pardonnez d'avance ma question qui pourrait vous paraître étrange, indiscrète autant que déplacée, mais après moult hésitations, il est une affaire dont je tiens à vous parler. J'ai rencontré une femme lumineuse, un oiseau étincelant volant au milieu d'un monde morne et figé. Comment vous parler d'elle? Louer sa beauté ne serait que justice tant sa simple vue est un bonheur, mais l'essentiel est ailleurs. J'aurais du mal à décrire ce qui la rend si chère à mon coeur, mais je vais quand même essayer puisque j'ai décidé de me livrer à vous ainsi. Mon amour est libre comme le vent, forte comme la terre qu'elle aime tant, fragile et apaisante comme la flamme d'une bougie dans la pénombre. Elle rit des lois de la morale qui vous annihilent, refuse les lois des hommes qui nous asservissent et méprise les lois de Dieu qui nous rabaissent. Elle vit en harmonie avec sa conscience, sa nature et ses envies. Tout a l'air simple avec elle. Elle ne regrette jamais ses choix et accepte ses erreurs, pardonnant aux autres autant qu'à elle-même. Elle refuse les modèles tout faits qu'on nous sert en pâture de nos jours, elle est une âme libre à une époque où d'autres ont perdu leurs ailes, et on lui reproche souvent ses convictions du simple fait qu'elle ose suivre sa voie. Elle n'est pas parfaite bien au contraire, mais j'embrasse autant sa part de lumière que son côté sombre. Chaque fois qu'elle me regarde, son regard me transperce et mon âme et mon coeur. J'aimerais la rejoindre et l'aimer, partager son don et son fardeau, mais j'ai peur qu'elle ne s'envole à jamais, fuyant un monde qui n'est plus fait pour elle. Elle est le dernier maillon qui me retienne ici-bas et je ne supporterais pas de la perdre. Cette femme porte le délicieux nom de... Morgane et je l'aime éperdument comme si ma vie tout entière je l'avais attendue. Sire, une idée folle m'est venue à l'esprit et explique ma missive: se peut-il que cette femme soit le même être que vous avez chéri en une autre époque et un autre lieu? Cela est-il possible et comment la reconnaîtrais-je? Devrais-je lui en parler? Suis-je tout simplement fou? Vous comprenez à présent pourquoi je me suis adressé à vous. Vous êtes certainement le plus à même de me ramener à la raison, on du moins de m'apporter quelques réponses je l'espère. Respectueusement, Richard P.S. Par pitié, ne touchez mot à votre soeur de cette missive, qu'elle soit ou non mon aimée. Messire Richard, Vous êtes un bien heureux mortel. Heureux, oui, et je m'en réjouis pour vous. À moins que votre bien-aimée soit réellement ma soeur, auquel cas je crains bien d'être jaloux de vous. Ainsi comprendrez-vous quel est le risque de ma réponse. Je vous souhaite tout le bonheur... non, il ne s'agit peut-être pas de bonheur -- je vous souhaite toute la joie, toute la magnifique folie possible, mais je souhaite tout aussi intensément que votre Morgane ne soit pas la mienne. Aussi suis-je nécessairement enclin à penser qu'elle ne l'est pas, et ma réponse n'a rien d'objectif. Elle porte son nom, partage ses goûts, ses valeurs. Elle est peut-être au rang de ses soeurs. Morgane, ma Morgane, aimait à dire qu'elle avait des centaines de soeurs de par le monde, et qu'un temps viendrait où elle en aurait des millions. Je me souviens qu'elle riait et me disait: «Tu affirmes que je suis unique, Arthur, mais tu t'aveugles. Il y a quantité de femmes qui me ressemblent, et tu ne le vois pas, vous ne le voyez pas». Puisque vous le voyez, vous, Richard, profitez de cette bénédiction. Profitez de cette femme. Elle est peut-être ma Morgane, elle est plus probablement une de celles qu'elle qualifiait de soeurs, une de celles en qui la Déesse choisit de se manifester et de dévoiler pleinement sa lumière. Et béni est l'homme qu'aime une fille de la Déesse. Vous me dites que vous ne supporteriez pas de la perdre, qu'elle est le dernier lien qui vous attache à cette terre, et je ne doute pas que vous le pensiez. Mais vous vous trompez, ami. Vous le supporteriez. Vous seriez surpris de tout ce qu'un homme peut supporter. Vous souffririez le martyre, aborderiez aux rives de la folie, mais vous vivriez, et resteriez attaché à la terre qu'elle a enchantée pour vous. Puissiez-vous, plus heureux que moi, vivre de longues années à ses côtés. Vous qui aimez une dame qui ressemble à Morgane comme une soeur, permettez-moi de vous appeler mon frère. Arthur Sire, Merci de vos mots aimables et de votre bénédiction, mais mon histoire n'est malheureusement ni enviable, ni remplie de bonheur et de joie. La folie par contre en fait sûrement partie, soyez-en sûr. Si j'aime ma Morgane, c'est un amour à sens unique. Bien que nous fussions déjà promenés main dans la main et qu'elle eût -peut être- nourri quelque sentiment ou désir à mon égard, son appétit de liberté fut trop fort pour s'y laisser enfermer bien longtemps. Il était vain de tenter de la retenir, aussi sûr qu'un oiseau en cage se meurt. Depuis je la regarde à distance, retenant ma jalousie lorsqu'elle s'amuse avec d'autres, sans que j'arrive à lui en vouloir. Ironie de l'histoire, la dernière fois que nous nous sommes vus c'était près du «Val sans Retour» de la forêt de Brocéliande, même si l'authenticité de ces lieux de nos jours reste sujette à bien des débats... Heureux Roi, vous qui avez aimé deux femmes aussi exceptionnelles (même si vous savez à laquelle va ma préférence)! Votre jalousie supposée me fait rire, vous que j'envie dans votre destin, fût-il rempli de dilemmes, de guerres et de larmes. Au revoir, Sire Richard Mon frère, Bien fou est l'homme qui aime. Fût-il âgé, fût-il sage ou roi ou mage, il est fou en aimant. Tous les bardes le savent. Fous sommes-nous donc, vous et moi. Un mot encore, ami. Vous avez bien agi, avec courage, en n'essayant pas d'enfermer votre Morgane. Ne craignez pas de continuer à l'aimer. Ne craignez pas non plus de laisser votre coeur ouvert, comme l'est le sien, comme le mien le demeure. L'amour, comme Merlin, est polymorphe. Pour le reste, vous dites juste, et je fus béni aussi, de bien des façons. Arthur Pendragon |
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