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Cher Aramis,
Voila, je me présente, je m'appelle Audrey, j’ai dix-sept ans et je vous écris de l'année 2009.
Permettez-moi
de vous poser une question qui me taraude un peu Monsieur Aramis: de
quoi est composée la cuisine des mousquetaires? Quels sont les plats de
votre époque?
Sinon, dites-moi mon cher, comment vous
portez-vous? Êtes-vous en bonne santé? Êtes-vous toujours mousquetaire
au service du roi?
Je vous remercie à l’avance de votre réponse que j’attends avec une grande impatience.
Audrey
P.-S.:
dites bonjour à monsieur d'Artagnan de ma part si vous le voyez et
dites-lui que je suis un peu triste qu'il ait quitté Dialogus.
Mademoiselle Audrey,
Tout d’abord, je tiens à vous remercier
pour votre missive. Il y a donc quelqu’un qui pense encore au vieil
Aramis dans un des relais Dialogus? Il y a quelque temps, je reçus une
courte note rédigée en patois de votre époque, et je fus bien marri de
n’y comprendre goutte et de ne pouvoir lui donner suite. Mais votre
lettre est claire et amicale, comment ne pas y répondre?
Hier,
j’ai écrit à mon ami d’Artagnan qui se morfond à Lille où ses fonctions
de gouverneur le retiennent. Je lui ai transmis votre message. Je sais
qu’il aimera l’idée qu’une jeune femme quelque part pense à lui.
Que
me demandiez-vous? La cuisine des mousquetaires? Diantre, nous aimons
manger, mais cuisiner, c’est l’affaire des cuisiniers! Les
mousquetaires du Roy, du temps où j’en étais, ne mangeaient pas tous
les jours à leur faim, mais quand ils le pouvaient, ils mangeaient pour
quatre. L’ordinaire, c’était du pain et du vin. Du vin de préférence
car certains d’entre nous, comme Athos, étaient inaptes à absorber de
l’eau. L’ordinaire du camp, c’était au mieux de la garbure ou du
bouillon. Mais quand c’était relâche, nous nous rendions à la taverne
arroser de vin d’Anjou ou de Bourgogne nos civets de lièvre, porcelets
à la broche, carpes farcies, tourtes à la viande, oies rôties, poules
en pot, sans compter les amuse-gueules ordinaires, saucisses, pâtés,
tartes salées, omelettes et fromages du pays.
Ah, Mademoiselle,
vous m’avez donné faim, ceci dit, sans arrière-pensée, je pense que je
vais aller me sustenter. Aujourd’hui, je ne suis plus mousquetaire,
vous le sauriez si vous aviez lu les lettres que mon éditeur a dû
publier. Mais qu’importe, je vous sais gré de vos questions qui m’ont
fait oublier le maïs, les patates et les petits cochons rongeurs qui
nous sont servis de toutes les manières dans le pays où je suis
aujourd’hui.
Recevez les hommages d’un vieux mousquetaire,
Bien à vous Mademoiselle,
Aramis
Mon cher Aramis,
Merci pour votre réponse sur la cuisine des
mousquetaires! Des rongeurs? Vous mangez des cochons d'Inde? Si je vous
avais posé la question c'est parce que mon père m'a parlé de votre
cuisine. Il ne m'a pas dit beaucoup de choses là-dessus et c’est pour
cela que je vous ai posé la question, j’avais envie d'en savoir plus.
Ne vous en faites pas, personne ne vous a oublié.
J’ai bien d'autres questions à vous poser, tout d'abord:
- quel âge avez-vous?
- avez-vous un enfant et une femme?
- de quel pays êtes-vous originaire?
- quel roi préférez-vous? Et quel roi n'avez-vous pas aimé?
Pardonnez-moi
de ne pas en avoir dit plus sur moi. Je m'appelle donc Audrey, je suis
âgée de dix-sept ans et j'habite dans les Hautes-Pyrénées.
Connaissez-vous cette région? Je ne pense pas, vu que nous ne sommes
pas de la même époque: ma région ne doit pas encore exister. Eh bien
laissez-moi vous dire que je n'habite pas loin du village d’où
d'Artagnan est né et a vécu car il est de ma région.
Je suis
lycéenne dans un établissement. J’ai repris les cours hier mais
malheureusement, depuis début mai, il y a une terrible maladie, elle
s’appelle la grippe A et vient du Mexique. Des gens l'ont ramenée de ce
pays et depuis la France est contaminée. Je n'ai pas d'amis.
Voila pour la présentation.
Excusez-moi
si peut-être vous ne comprenez pas tout dans mon courrier car nous ne
sommes pas de la même époque. Je suis de 2009 et vous de loin.
C'est un plaisir de correspondre avec vous, cher Aramis, je vous embrasse,
Audrey
P.-S.: Envoyez le bonjour à vos trois amis Athos, Porthos et d'Artagnan.
Chère Mademoiselle,
À l'heure où je vous écris je ne suis plus
mousquetaire depuis longtemps. Néanmoins je me porte à merveille, merci
mon Dieu. Quant à la cuisine des mousquetaires il y a bien des indices
dans ma correspondance via Dialogus, et je serais fort surpris qu'un bon
vivant comme mon ami Porthos n'en ait pas parlé aussi.
Je vous
laisse donc le découvrir et vous fais part en vous quittant de mes
sentiments les meilleurs.
Bien à vous,
Aramis
10
juin 1670
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