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michel_allard+videotron.ca |
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À Marc Antoine |
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| Cher Dialogus, je renouvelle tout mon respect à votre équipe! Malgré les risques encourus, je ne peux m’empêcher de transmettre cette lettre à Marc-Antoine et j’espère qu’elle pourra lui parvenir à Alexandrie avant qu’il ne tente une sortie suicidaire contre les armées d’Octave. J’utilise à son insu l’adresse Internet d’un Canadien pour communiquer avec vous, car pour des raisons évidentes, je dois cacher mon identité. Je vous rappelle que mon équipe d’archéologues a pu, au nez et à la barbe des autorités turques, pénétrer dans la tombe du roi Antiochus de Commagène, sous l’immense tumulus qui domine le sommet du Nemrud Dag en Cappadoce. Ce site constituait beaucoup plus qu’une sépulture royale! Enfoui sous cette colline de pierres, nous trouvâmes un sanctuaire antique, intact, avec son mobilier liturgique, ses objets de culte, ses collections de curiosités offertes aux pèlerins et surtout les archives du royaume de Commagène et la correspondance entre le basileus Antiochos Theos et ses alliés et ses vassaux. Ces archives contiennent des copies de toutes les missives dictées par Antiochos Theos et aussi par son père divinisé, Mithridate Kallinikos. Parmi ces milliers de documents, que je considère encore plus précieux que les trésors funéraires excavés, il y avait cette lettre que le reine de Commagène, Antonie, écrivit à son père Marc-Antoine, le Triumvir d’Orient. Composée en 30 avant notre Ère, un an après la bataille d’Actium, cette missive, dictée par la fille aînée d’Antoine à Athénodore de Tarse, chancelier de Commagène, n’a vraisemblablement jamais été envoyée à Antoine. La lettre porte une large rature en X et un «VETO» accompagné du monogramme d’Octave y apparaît. Écrite en grec classique, sur du parchemin d’excellente qualité, j’ai pu facilement traduire son contenu que voici: Père Bien-Aimé, Divin Dionysos adoré des Nations, Salve! Je t’écris cette lettre pour te supplier de t’humilier devant Octave et de lui demander publiquement pardon pour toutes les fautes qu’il t’impute. Ô Divin Père, fais-le pour amour pour moi, afin que ton petit-fils que je porte en mon sein puisse connaître son illustre grand-père. Accepte tout ce qu’Octave exigera de toi et implore sa clémence, au nom de Mithra qu’il adore comme toi et moi. Invoque les noms du Père Kallinikos, du Fils Antiochus et des Anges Célestes qui leur insufflèrent l’Esprit Saint. Octave, fidèle Disciple du Divin Antiochus, qui proclama la fraternité universelle et de pardonner à ses ennemis, ne pourra te refuser cette requête, si tu la présentes humblement. Hier, au sommet du Grand Sanctuaire, Octave fut divinisé, et son effigie géante trône parmi les statues des Dieux, à côté de celles d’Antiochus et de Jules César. Octave a accepté, pour ne pas ternir la grandiose cérémonie, de dévoiler ta propre statue dorée de Dionysos-Bacchus et celle de Cléopâtre-Isis. Une foule énorme, telle que j’en avais encore jamais vue, a recouvert les pentes du Sanctuaire. En plus des Pèlerins de toute l’Asie, et même ceux venus des Provinces d’Occident et d’Italie elle-même, plusieurs Légions ovationnèrent Octave en le qualifiant de Dieu Vivant, Réincarnation d’Apollon Phébus, le Soleil Invaincu. Le Consul Octave, accompagné par le Roi de Commagène, l’époux que tu m’as choisi si judicieusement, ont visité ensuite le Sanctuaire, son Trésor et ses cryptes. Il y avait avec nous le Vénérable Athénodore de Tarse, Chancelier de Commagène à qui je dicte ces lignes. Et aussi mon beau-père, le Basileus Polémon, le Grand Prêtre Archélaüs, l’architecte Vitruve, l’Amiral Agrippa, et l’épouse d’Octave, Livie Drusilla qui eut le Divin Antiochus et Athénodore comme précepteurs, tout comme son mari Octave qui l’aima pour cette raison, je crois. Nous avons prié sur les tombes du Divin Mithridate Kallinikos et d’Antiochus Theos, récemment décédé, comme tu le sais probablement déjà. Octave pleura devant le sarcophage de son Maître à penser et y déposa des fleurs. Nous pûmes admirer les extraordinaires sarcophages de marbre sculpté des Rois de Commagène et aussi celui de Pacorus, le Roi des Rois, petit-fils d’Antiochus qui avait péri en combattant tes légions, commandées par ton Général, Ventidius Bassus, qui avait outrepassé tes ordres et envahi la Cilicie puis la Commagène, il y a huit ans de cela. D’ailleurs mon époux m’a raconté que trois de tes Légions avaient péri dans le siège de Samosate, carbonisées par des jets de pétrole pulvérisé à partir des murailles grâce à d’immenses pompes conçues par Géminus de Rhodes. Le Divin Antiochus, pour ne pas flétrir ta gloire, a tû la défaite de tes dix Légions devant sa Capitale, et t’aurait même offert un tribut symbolique d’une centaine de talents et de me prendre dans sa famille en épousant son héritier. Cela ne m’étonne pas du Divin Antiochus qui demandait à ses Fidèles de prier pour leurs ennemis. Quand il parvint devant les mirifiques sarcophages, terminés l’an dernier, qui recevront un jour les enveloppes charnelles de Cléopâtre-Isis et de Dionysos-Antoine, Octave s’arrêta longuement et me fixa d’un regard qui me fit frissonner et craindre pour toi, mon père vénéré. Je sais que ton testament indiquait ton désir de reposer à côté de Cléopâtre dans le Sanctuaire où vous fûtes adorés pendant toutes ces années. Je pense qu’Octave, par respect pour le Divin Antiochus, qui l’a éduqué à Antioche-sur-Oronte, ne portera pas atteinte à vos sarcophages. Et je demeure persuadée qu’Octave t’accordera la vie sauve si tu invoques la mémoire d’Antiochus et ses préceptes de commisération, qu’il a inculqués à Octave. Tous les Peuples d’Asie se sont ralliés à Octave. J’ai vu défiler des colonnes de Rois, tes anciens Clients, se rendant lui prêter hommage. Même ton ami Hérode s’est jeté à ses genoux et a ainsi conservé sa couronne. Tu ne peux plus te fier à quiconque. Ton propre neveu Pinarius Scarpus que tu avais nommé Gouverneur de la Cyrénaïque t’a même interdit de fouler sa Province, de peur de déplaire au nouveau Maître de Rome. Même Cléopâtre a écrit à Octave, lui annonçant qu’elle ne ferait plus aucune opposition à ses armées et que les portes des villes d’Égypte lui sont toutes ouvertes. On m’a dit que tu avais tenté, comme l’avait tenté aussi Cléopâtre, de faire tracter dans le désert plusieurs galères afin de rejoindre la Mer Rouge et de fuir jusqu’à notre Comptoir de Socotra pour t’y tailler un nouveau Royaume. On m’a aussi appris que ton ultime tentative a connu le même sort que celle de Cléopâtre et que le Gouverneur de Syrie, Quintus Didius, aidé des Arabes nabatéens, avait incendié ta flotte dans le désert. Tu pourras toujours compter sur mon amour filial. Aussi je te conjure d’aller sans armes au devant du Divin Apollon-Octave et d’implorer son pardon. Tu n’as pas à rougir de te courber devant un Dieu Vivant, qui lui aussi est adoré au sommet de notre Sanctuaire du Nympheum, aux côtés de ta sainte effigie. Je t’embrasse et je prie pour toi devant ton autel sur la Montagne Sacrée. Ta fille qui t’aime, Antonie, Reine de Commagène |
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