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monique.lancel@voila.fr |
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Alors là, ça se gâte! |
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| Ô Marc Antoine, triumvir, imperator, je te salue! Je te salue et j'ai quand même quelques petites questions à te poser. Quand on lit tes lettres sur Dialogus, on te trouve particulièrement sympathique. Le brave homme, franc et sans détour, plutôt généreux, en tout cas sans méchanceté. Et puis je lis ton histoire et là, ça se gâte. César te laisse à Rome gouverner en son nom quand tu étais son maître de cavalerie, il y a quelques troubles et toi, oh, tu ne fais pas dans la dentelle! Tu envoies la troupe dans le forum et c'est le bain de sang. Des milliers de morts. Plus tard, tu es au pouvoir, tu proscris. Et pour te remplir les poches. Tu t'en es déjà expliqué, c'est vrai, mais personne, je pense, n'a été très convaincu. Cicéron était tout de même un grand écrivain, un grand philosophe, qu'on lit et traduit encore de nos jours. Il ne méritait en aucun cas la mort infâmante que tu lui as fait subir. Si on ajoute que, question corruption, tu as battu tous les records! Il ne faudrait tout de même pas te faire passer pour un petit saint. Salut. Monique De Marc Antoine à Monique, Salut! Corrompu? Oui, j'ai vendu la citoyenneté romaine à ceux qui étaient prêts à en payer le prix et j'ai favorisé mes amis lors de la conclusion de certains contrats avec l'État. Oui, j'ai remboursé mes dettes en acquérant à bas prix les biens des proscrits. Mais j'ai été généreux en en faisant profiter beaucoup. Tous les hommes État de mon époque ont d'ailleurs agi plus ou moins de la même manière pour financer leur carrière politique. Le grand César n'a pas dédaigné d'arracher six mille talents au roi d'Égypte pour lui faire obtenir le titre d'ami et d'allié du peuple romain. Bien sûr, j'ai été plus prodigue et moins hypocrite que d'autres. Que veux-tu? Les grands arbres reçoivent beaucoup de vent. Quant à cette malheureuse affaire du Forum, il fallait à tout prix rétablir l'ordre. L'Italie devait rester calme durant l'absence de César et le but fut atteint. Pas avec des milliers de morts, juste huit cents si je me souviens bien. Je le regrette pour ces pauvres gens qui réclamaient l'abolition des dettes, une mesure qui m'aurait bien arrangé d'ailleurs! Mais ce n'est pas ainsi que l'on gouverne. Ces émeutes n'avaient rien de spontané, Dolabella les dirigeait en coulisses. Un homme dangereux encore plus étranglé que moi par ses créanciers et qui aurait pu agiter l'Italie pendant des mois avec des mesures démagogiques dont César ne voulait pas. J'ai donc dû étouffer toute cette agitation dans l'oeuf. Et je l'ai fait, sans plaisir mais sans remords. Tu n'es pas la première à évoquer Cicéron devant moi. Même si j'ai du mal à rester objectif, je l'avoue, je ne vois pas ce qui lui vaut tant d'honneur. Ce fut un bon avocat et je lui reconnais un certain courage personnel dans ce domaine. A part cela, c'était un chef militaire calamiteux et un dirigeant politique d'un rare aveuglement. Je l'ai toujours connu fier comme un paon, le héros des prétoires. Et pourtant… Se faire décerner le titre de père de la patrie pour avoir fait étrangler quelques malheureux lors de la pitoyable conjuration de Catilina, est-ce si glorieux? Vouloir ressusciter une République morte bien avant sa naissance avec le concours du fils adoptif de César, est-ce si intelligent? Devais-je le laisser continuer à me couvrir d'ordures au Sénat? Je ne crois pas. Peut-être aurais-je pu laisser Octave faire le sale travail. Il avait décidé de faire exécuter tous les assassins de César. Cicéron, qui les avait défendus et s'était réjoui de leur crime, était condamné lui aussi. Tu me dis qu'il ne méritait pas de mourir ainsi mais mon beau-père méritait-il de finir entre les mains du bourreau dans une cellule froide et humide du Tullianum? Pour terminer, je suis certain que cela ferait plaisir à ce vaniteux de savoir qu'on s'intéresse encore à sa prose après tant d'années. N'avez-vous donc rien d'autre à lire? Va en paix avec les Dieux, Marc Antoine. |
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