Émilie
écrit à

   

Antigone
Antigone

     
   

Tu avais raison

   

Très chère Antigone,

Je trouve que tu avais bien raison de défier ton oncle et d'avoir enterré Polynice! C'était tout de même ton frère et je crois que j'aurais agi de la même manière. Mais ne crois-tu pas que tu aurais préféré vivre avec Hémon, ton fiancé et avoir un enfant avec lui? Je pense que oui et que tu as fait cela sur un coup de tête. Mais le passé est le passé et le présent est le présent, n'est-ce pas?

Dans ta tragédie, il y avait tout de même une belle histoire d'amour entre toi et Hémon. J'ai pleuré, tellement j'étais émue à la fin de ton histoire. J'espère que vous vivez heureux, toi et ton fiancé, et que cette lettre te trouvera en bonne santé et heureuse.

Bien à toi,

Emilie




Antigone te salue, Émilie l'Émue!

Sèche tes larmes, mon enfant; les personnages des mythes ne meurent que pour revivre dans la voix de ceux qui les récitent et le cœur de ceux qui les écoutent, sans cesse en route vers la mort qui les attend, inéluctable horloge, sans cesse de retour pour que l'histoire recommence et que la route mortelle se dessine à nouveau à l'horizon.

Quant au bonheur, il fallait bien qu'il soit là, oiseau fragile, ce redoutable bonheur qui palpite et crie de peur; sinon, où aurait été le choix et où aurait été le mythe? Il fallait Hémon, il fallait Créon, il fallait ce fou de Polynice, il fallait Antigone et tu aurais tort de prendre pour un coup de tête ce qui est la cruelle mécanique de l'éternité.

De Thèbes, ce jour,

Antigone