Une tragédie un peu différente |
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| Rebonjour Antigone...
Merci beaucoup pour cette réponse hâtive, j'apprécie énormément. La tyrannie de Créon et la peur d'Ismène vous ont procuré une certaine fougue, une force. Donc, si je regarde en moi-même comme vous me l'avez prescrit, sans toutes mes contradictions internes, celles qui me font aller de l'avant, celles qui me repoussent vers l'arrière et celles qui me figent sur place, je ne bougerais pas beaucoup... Tout cela ne peut que s'assembler pour devenir une énorme boule de puissance ou quelque chose comme cela. Eh bien, l'adversité me paraît moins absurde vue ainsi. D'accord, maintenant, sans vouloir abuser de votre temps, j'aimerais vous proposer une petite mise en situation. Sentez-vous bien libre de refuser le jeu -bien que je ne sache pas exactement pourquoi je vous dis cela, vous n'êtes pas le genre de femme à agir contre sa volonté. Disons que Créon règne, sans que toute cette affreuse histoire de sépulture interdite n'ait eu lieu. Il reste ce qu'il est, un homme médiocre, pour reprendre l'expression. Vous êtes la femme d'Hémon et vous vivez avec lui. Comment auriez-vous réagi à sa tyrannie? Comment auriez-vous composé avec un homme si détestable? L'auriez-vous affronté ou simplement ignoré? Je sais que je viens de détruire la tragédie, mais pour quelques instants, imaginons-en une autre. Une qui serait, non brève et sanglante, mais longue et d'autant plus pénible, être tous les jours obligée de faire face à cette personne immonde. Bien qu'il ne soit pas si immonde que cela, je veux dire que lui au moins a su être touché par les paroles de Tirésias et se remettre en question. Bon, je tourne un peu en rond, n'est-ce pas? C'est que je pense à quelqu'un en particulier. En passant, merci pour les encouragements et saluez Sophocle de ma part. Dites-lui surtout merci. Peut-être qu'on pourrait aller se boire un verre tous ensemble un de ces jours. Au revoir petite Antigone! Catherine B. |
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| Jeune fille,
Votre liberté, à inviter Sophocle et Antigone à venir trinquer avec vous, me fait sourire. «C’était un temps déraisonnable, On avait mis les morts à table», disait votre poète Aragon, chanté par un Autre. Demanderez-vous à Leporello de nous préparer la table? N’apprendrez-vous jamais à craindre que la Statue vous écrase? Vous manquez d’Ismène, me semble-t-il… Pas étonnant, dès lors, que ce soit sur elle que vous m’ayez interrogée. Je ne connais pas la nouvelle tragédie que vous me racontez, celle où votre Créon règne en médiocre sur une cité qui s’ennuie. Je ne connais pas cette Antigone dont vous parlez, qui attend que son Hémon rentre du bureau en se demandant comment on réagit à la tyrannie quand c’est une tyrannie somme toute acceptable. Je ne connais pas ce Tirésias qui aide les tyrans à se remettre en question et aide les jeunes filles à le penser moins immonde. Et comme je ne connais pas tout cela, je ne peux vous répondre. Je n’ai jamais attendu que d’autres agissent à ma place, vivent à ma place, pensent à ma place, et je ne peux ni agir, ni vivre, ni penser à la place des tragédies qui ne sont pas la mienne. Mais vous ? Que faites-vous ? Quelle tragédie n’écrivez-vous pas, ne vivez-vous pas, ne pensez-vous pas ? Dans quel rond tournez-vous, qui écrit sur le sol sous vos pas, sans que vous le voyiez : En to pan, dans l’un le tout… Ce jour, à Thèbes, la ville des Bacchantes, près des eaux de l’Ismènos où germa la semence du farouche dragon: Antigone |