Pais-Gerôn |
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| Antigone,
Appelez moi Korê ou Pais ou encore mieux Gerôn, ce que je suis réellement dans mes yeux, mais je demeure l'amante de la lucidité, l'erêmes errant dans l'erêmos, cherchant la vérité sous la couche opaque et superficielle de la réalité. J'envie votre tragédie parce qu'elle est bien définie, parce qu'elle ne se résume pas à un exil dans un monde faux, un monde bien plus détestable que toutes les tyrannies, une civilisation où l'ennemi se terre en chacun de nous. C'est encore pire que tout, ne pas pouvoir se lever, hurler à l'injustice, faire une scène, recevoir sa piqûre, je ne sais pas; ne pouvoir que marmonner dans sa barbe, bah... peuh... pfft... Tout cela parce qu'il n'y a rien de vraiment concret vers quoi pointer un doigt accusateur. De nos jours, l'ennemi n'est pas un monarque abusif, ce sont de milliers de petits dieux en vente partout. Nos idoles, ces éparpillements multiples, ont fait de l'être humain une horrible bête de foire se vautrant dans ses délires amnésiques et son flagrant manque d'imagination. Les êtres humains sont mes ennemis parce qu'ils combattent leur sentiment d'étrangeté en s'étourdissant et en s'abrutissant de la plus contagieuse des manières. S'il vous semble que je mélange le songe et la réalité, c'est parce que c'est exactement ce que je fais. Je me perds dans le grand désordre, car tel est le prix de la lucidité. Ce n'est pas tant la tragédie qui fait l'écrivain que la condamnation de celui-ci à tout ressentir si intensément. Je suis votre Lao-Tseu thébain, votre Pais-Gerôn à figure de Korê, celle qui meurt chaque fois qu'elle naît et qui naît chaque fois qu'elle meurt... Merci infiniment pour cet échange petite Antigone... Catherine B. |
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| Adelphê mou,
L’enfant, la jeune fille, le vieillard : voilà qui ressemble de bien près à la solution d’une énigme, y avez-vous songé, et quelle Thèbes assiégée voulez-vous sauver en terrassant quelle Sphynx aux bouches multiples ?… Vous me faites penser à Stratis le Marin parmi les Agapanthes : Il n’y a pas d’asphodèles, de violettes ni de jacinthes. Comment parler avec les morts ? Les morts ne connaissent que le langage des fleurs. C’est pourquoi ils se taisent ; Ils voyagent et se taisent, endurent et se taisent « Chez le peuple des songes, chez le peuple des songes »*. Si je me mets à chanter, je vais crier Et si je crie– Les agapanthes réclament le silence, Dressant une petite main bleue de bébé d’Arabie O u bien les empreintes d’une oie, dans l’espace. Georges Séféris (1942) (*Odyssée, XXIV,12) Ressentez, et que ce soit mille fois plus intense encore, mille fois plus cruel encore, mais dites-le! Un écrivain muet n’est que le songe d’un écrivain. Si Sophocle n’avait fait que rêver Antigone, il serait devenu épicier, ou armateur. J’attends, en toute confiance, des nouvelles de votre assassinat des petits dieux vulgaires. De Thèbes, ce jour, Antigone |