Ô Antigone! |
||||
![]() |
||||
| Ô toi qui éclaire notre quête de justice. J'ai toujours porté une attention extrême à la beauté du coeur. Permettras-tu à un homme somme toute commun de dire La Vérité? Ta beauté égale ton courage. Ils se nourrissent l'un de l'autre. Mon valet ne comprend pas ma recherche insatiable de Pureté, il me dit capable d'épouser des nonnes. Quid des nonnes? Il s'agit de femmes si dévouées au «dieu» de leur foi qu'elles lui offrent leur virginité... Et cette souffrance inutile dure jusqu'à leur mort. La force de la vie vibre en toi Ô Antigone! Souviens-toi des chemins librement arpentés avec ton père... Ces chemins, prenons-les ensemble, vers le Bonheur. Allons vers l'Essentiel. Ton indéfectible serviteur Dom Juan |
||||
|
|
||||
| Jeune Homme, À quel improbable voyage, au bout de quelle nuit aveuglée, par quels chemins pavés de vérité, de pierres ponce et de bonnes intentions me convies-tu? Vers le bonheur? Drôle de hochet, grelot agité par les enfants et les fous. Votre agaçant bonheur. Tu ne me connais guère, pour essayer de me servir de ce plat. Vers l'essentiel? Et quel est donc ton essentiel, Jeune Homme, qui se vante de vierges abusées et de valets étonnés? N'as-tu d'autres repères, dans ton amoureuse parade, que ces faciles esclaves? Et de quelle aide te serais-je, Dom Yannis, dans cette danse-là? Allons. Si tu n'y prends garde, tu finiras par me parler d'amour, cet «infini à portée des caniches» comme le dit si justement Ferdinand... Antigone |
||||
| Antigone, Vous vous faites plus froide que vous n'êtes. Certes je n'ai jamais cru vous séduire par ces prétentions que me prête mon cupide valet. Et s'il est question d'amour en mon sens ce n'est pour en parler mais, si tel est votre bon plaisir, pour le faire. De votre part douter du bonheur est compréhensible. Mais dois-je parler de plaisir? Je m'y entends et n'en attends pas trop. Vous ne semblez rien en penser, est-ce mieux? Nous sommes chairs périssables Ô belle Antigone. Si vos pas et les miens ne se croisent, si je ne puis coucher votre doux nom sur le papier, il me faudra errer encore, toujours. J'ai récemment accepté un repas chez un Commandeur. Je ne peux donc vous rejoindre aussi vite que mon coeur l'exige. Mais si ce Ferdinand le permet je vous garde en mon souvenir. |
||||
| Homme Éparpillé, Vous courez, vous bougez, vous demandez et vous faites les réponses, vous volez de mot en mot comme une guêpe ivre, décidément je continue de ne rien comprendre à ce que vous pouvez attendre réellement de moi. D'ailleurs qu'attendez-vous de tout, qu'attendez-vous de vous-même, qu'attendez-vous du plaisir, ignorant qu'il n'est que le voile posé sur un obscur objet, sans cesse changeant et pourtant toujours unique, sans cesse convoité et pourtant toujours inaccessible... Vous ne connaissez pas Ferdinand, semble-t-il: c'est pourtant un écrivain de votre siècle, vous le trouverez aussi dans les dédales de Dialogus, sous le nom de Céline... Et vous voilà partant vers un festin de pierre, prêt à vous attabler devant votre histoire. J'ai peur, Enfant, que vous n'ayez froid à cette table: prenez donc mon écharpe, et ne vous souciez pas de me la rendre, j'en ai mille et trois, pour le moins... Antigone |