Caroline
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Antigone
Antigone

     
   

Le bonheur... est-il possible?

   

Antigone,

Après avoir lu votre histoire écrite par Jean Anouilh, je voulais partager avec vous quelques opinions sur la vie et vous poser quelques questions.

En premier lieu, je dois confesser que je vous admire: vous êtes la plus courageuse héroïne grecque que j'aie jamais connue. Je vous admire comme jeune rebelle, comme femme, comme personne.

Cependant, je vous perçois comme une femme très sensible, qui fait semblant d'être forte. La vie vous a été présentée comme une bataille, une bataille dans laquelle on doit lutter, mais sans comprendre pourquoi. Quand Créon dit que vous êtes née pour mourir, il n'y a rien de plus vrai. Dans votre cas, je crois que vous ne saviez pas comment lutter: vous ne vous êtes pas permis d'être heureuse, et pour ça, vous avez cherché beaucoup de prétextes pour mourir. 

Ainsi, je voulais vous demander: aurait-il été possible de trouver le bonheur au lieu de mourir?  Est-il possible de le trouver dans ce monde cruel et agoniste? 

J'espère sincèrement que vous ne considérez pas la mort comme seule solution à la vie. Sinon, pourquoi vivre?

Attentivement,
 
Caroline



Antigone vous salue, chercheuse de bonheur !

Les femmes grecques, mon enfant, ne font pas semblant d'être fortes: elles existent, c'est tout. Et tant que sous leurs pas vibrera leur terre d'ocre et de marbre, tant que les filets jaunes des pêcheurs moissonneront les mouettes au soir venant, tant que le soir s'enivrera de la chanson sourde des eucalyptus, tant que la mer se brisera aux rochers rouges dans la blancheur et le fracas, tant qu'elles existeront, ces femmes, c'est sans un tremblement qu'elles sauteront dans les précipices avec leurs enfants serrés dans leurs bras pour échapper aux armées qui avancent. Ô la falaise d'Arta où ne résonne aucun cri...

Croyez-vous que ce soit parce qu'elles se cherchent des prétextes pour mourir?

Créon né pour être un assassin, Antigone née pour l'affronter, et tous les autres, depuis toujours et pour toujours, nous naissons tous pour vivre jusqu'à en mourir: ce n'est donc pas la mort qui compte, jeune fille, mais ce que nous faisons de notre vie avant, parce que là seule est notre liberté. Comprenez-vous?

De Thèbes, ce jour gris,

Antigone