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Alexandre
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L'amour d'un frère |
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Chère Antigone, Antigone vous salue, Alexandros-Qui-Compte-Les-Larmes, Quel esprit de justice et de justesse, Enfant de Précision, à vouloir ainsi évaluer à une larme près ce qui serait de bon ton de pleurer pour l'un ou pour l'autre! Avez-vous tant de maîtrise de vos jeunes douleurs que vous puissiez fermer vos paupières dès que le compte de chagrin s'est écoulé sur le barème mystérieux de vos détresses? Voilà, mon Jeune Ami, de la peine de comptable, je crois... Cela vaut bien l'infini à portée des caniches dont parlait l'un de mes amis chers... Mais je cesse de vous taquiner (avouez cependant que vous l'aviez mérité, et que je ne pouvais vous décevoir). Vous lisez le vieux Sophocle, et vous avez raison, et j'espère que vous le lisez dans sa langue; si ce n'était pas le cas, essayez de trouver quelque lecteur du grec qui vous permette de goûter cette scansion des mots et cette couleur de texte impossible à transcrire autrement. Cependant, vous devez rendre à Sophocle ce qui lui appartient... ou ce qu'il a emprunté à un autre: en effet, il semble que l'idée selon laquelle le mari et l'enfant peuvent être remplacés, mais non le frère, serait déjà évoquée par l'historien Hérodote rapportant la réponse de la femme d'Intaphernès au Roi Darius. Toutefois, je ne renie pas cette parole, fut-elle un prêt, qui attire notre attention sur la différence entre ce qui peut être rejoué et ce qui ne peut l'être, entre ce qui se choisit et ce qui ne se choisit pas. La mécanique des drames (et des mythes) se plaît à guider les humains sur cette distinction, vous devriez en écouter plus attentivement la musique pour en saisir le sens... Quant à savoir si je pardonnerais à Créon à condition qu'il me libère, voilà que vous réécrivez l'histoire, Jeune Alexandre; il ne me libère pas, c'est tout. Cela, dans la cohérence du mythe, ne peut se changer. Créon est enchaîné à cet inéluctable, et il le sait, double de mon père et tout aussi aveugle que lui... Que les Dieux vous accompagnent, Alexandros, dans ce chemin et dans tous ceux que vous voudrez suivre, et revenez me voir chaque fois que vous voudrez. Antigone |
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