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Antigone

     
   

Juste un merci...

    Antigone,

J’écris puis efface mes mots sur cette feuille virtuelle depuis de longues minutes. Qu’est-ce que moi, petite fille insignifiante, pourrait te dire? Quelle insolence me pousse à t’écrire, à toi mon aînée de quatre milliers d’années? Mais soit! quand on a quinze ans, on ose tout il paraît; alors, j’ose. En réalité, je te connais, fille d’Oedipe, je n’ai pas de questions à te poser. Juste un merci. Tu m’as beaucoup aidée: les époques changent, mais les hommes restent les mêmes, l’an 2000 accoucha des mêmes Créon, des mêmes Ismène. Inlassablement, l’histoire se répète, chère Antigone. Alors toi, avec tes ongles cassés et pleins de terre, les bleus que les gardes de Créon t’ont faits aux bras, toi amie Antigone, tu es la seule à y voir clair. Longtemps je t’ai gardée dans un coin de ma tête, de mon cœur, longtemps j’ai connu toutes tes répliques que t’ont données Sophocle et Anouilh par cœur, et j’ai pour toi une admiration proche de la vénération.
 

Enfant,

Tu écris mais tu effaces jusqu’à ta signature, jusqu’à ton nom, tentant –mais c’est un vain propos– de te rendre plus petite encore que tu ne l’es, ou tu fais semblant de l’être. Message interrompu, coupé en vol, oiseau cassé. Qu’est-ce qui a commencé à être dit, qui ne pouvait tout à fait l’être?
Il n’est pas de petite fille insignifiante, et tu le sais. Et il n’est pas impossible que ce soit pour cela, justement, que tu me remercies.
Que les Dieux t’escortent, à pas légers, à pas secrets, à pas de vent.

Antigone