J'ai le choix |
||||
![]() |
||||
| Madame
Je viens d’écouter l’entrevue donnée à Radio-Canada et j’en suis tout remué. «J’ai le choix»: cette simple affirmation fonde l’occident et devrait être répétée à tous les jeunes pour montrer que la liberté existe et qu’elle a un prix. Finalement, l’idée même de jeunesse ne tient-elle pas tout entière dans ce cri: «j’ai le choix»? la vieillesse étant l’acceptation de la raison des autres? Bernard Le Bel 54 ans Montréal |
||||
|
|
||||
| Homme Remué,
Ah, le prix de la liberté… Un prix qui se paie comptant, n’est-ce pas? Un prix élevé, qui fait peur. Mais renoncer, cela se paye aussi. A crédit. Toute une vie. Par petites sommes douloureuses. Et comme tous mourront au bout du compte, celui qui a choisi la liberté et celui qui a choisi d’y renoncer, à votre avis, qui aura payé le plus lourd montant? J’ai le choix, oui. Tous nous avons le choix. Mais pourquoi dites-vous que seul l’Occident se fonde sur cela? Pourquoi oublier l’Orient? Est-il condamné à devenir ce meta-oikos, qui signifiait seulement dans notre langue celui-qui-est-à-côté-de-la-maison et qui, dans votre siècle et votre langage, est devenu cette laide petite injure de métèque? Quand la maison s’ouvrira-t-elle à ceux qui sont à côté? Combien de fois faudra-t-il que sous les murs de la Ville s’assassinent les deux frères pour que quelqu’un les sépare? Et, s’ils meurent, quand cessera-t-on d’honorer l’un et de laisser la dépouille de l’autre aux chiens? Peut-être que le jour où tout cela sera enfin devenu une vieille histoire, je pourrai vieillir… et répondre à votre question sur la jeunesse et la vieillesse. Dans l’immédiat, je ne sais que vous dire, si ce n’est qu’il me semble que l’on croise aujourd’hui dans votre époque plus d’enfants aux yeux de vieillards que de vieillards aux yeux d’enfants, et que ce n’est ni beau, ni bon… Je vous salue, Homme Remué… Antigone |