Importants conseils à ne pas négliger!
       
       
         
         

benoitchantal.plantier@wanadoo.fr

      La petite Antigone!

Avant de t'avancer dans une impasse où tu ne sortiras que perdante, tu le sais, ne devrais-tu pas réfléchir? Contrôle ton caractère emporté, n'agis pas selon de vagues impulsions: tu n'es qu'une enfant que Créon essaie de contrôler.

N'embarasse pas la pauvre Oenone, ta «nounou», fais honneur au savoir et à l'éducation qu'elle a tenté de te transmettre. Suis l'exemple de ta soeur Ismène, la sage Ismène...

Enfin! Antigone, quelle est l'utilité de te battre pou un mort sinon de te conduire à toi-même la mort!! Ne joue pas les héroïnes, rien n'est pire que l'orgueil!

Écoute les sages conseils de ta mère qui te contemple de là-haut et surtout apporte-lui gloire et fierté!

 

       
         

Antigone

      Antigone vous salue, humains prudents, et vous demande de ne pas lui tenir rigueur du long délai avec lequel sa réponse vous parviendra: l'oracle au travers duquel s'échangent nos paroles s'était obscurci brusquement, plus rien n'arrivait à mon éternité de votre temps fugace, car vos dieux sans doute, si puissants soient-ils, connaissent encore l'erreur.

Je vous relis, et vos conseils résonnent curieusement à mes oreilles, comme si vous parliez à quelqu'un d'autre, de quelqu'un d'autre: quelqu'un qui ne réfléchit pas, une enfant au caractère emporté, mue par de vagues impulsions, qui embarrasse sa Nounou, une orgueilleuse qui joue l'héroïne... Drôles de gens, pourquoi alors avoir fait d'Antigone un de vos mythes? Une jeune imbécile entêtée n'a jamais traversé quatre mille ans, me semble-t-il. Et pourquoi ne pas avoir érigé en héroïne la sage Ismène? Vous devriez, vous, y réfléchir à deux fois, gratter de l'ongle ce qui vous fait peur dans mon histoire, trouver pourquoi vous fermez vos yeux et vos oreilles...

Quant à moi, si je vous ai déplu, si je vous dérange tant qu'il vous paraisse nécessaire de renvoyer cette image de moi, je m'en ferai une raison: «Ne dois-je pas plus longtemps plaire à ceux d'en bas qu'à ceux d'ici, puisqu'aussi bien c'est là-bas qu'à jamais je reposerai?» (Sophocle, Antigone, I.75).

Antigone