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Et toi Antigone, et toi? |
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| Antigone, fille d’Oedipe et de Jocaste, princesse de
Thèbes. Toi qui eus autant de courage qu'Achille, Toi qui as défié ton oncle, Toi qui as défié les lois pour l'amour d'un frère et pour une raison que tu croyais juste. Toi qui, comme Hector, regardes l'idée de la mort sans ciller. N'as-tu pas de regrets? N'as-tu donc de la mort rien redouté? Tu es pour moi bien plus courageuse et vaillante que ces guerriers et Héros, car de gloire, chère Antigone, tu n'en attendais pas en retour. Au contraire, tu te sais condamnée: soit par ta conscience, la honte et le remords, soit par la mort. Et déjà, tu vois le Styx briller, car tu sais que jamais tes idées ne changeront. Tu t'es dressée pour ce que tu croyais juste: pour ton frère, mais aussi pour ta liberté, tes idées. Tu ne t'es jamais vraiment sentie à ta place: me trompé-je? Femme au cœur de femme, et à l'esprit fougueux et vif d'un homme… D'un homme? Non; pourquoi l’homme seulement aurait l’esprit vif et le caractère fougueux? Non, femme au cœur d'Antigone, et à l'esprit d'Antigone. Tu es toi, et rien de plus. Est-ce que je comprends ton action? Parfaitement. Est-ce que j'aurais fait pareil? Peut-être pas. J'aimerais dire oui de toute mon âme et de tout mon cœur, mais la vérité est… En fait qu'en sais-je moi-même? Qui suis-je réellement? Une adolescente un peu rêveuse? Une jeune fille à l'esprit tourmenté de questions? Et puis, peu importe qui je suis! Princesse, fille, garçon, mousquetaire: sait-on exactement qui nous sommes? Et toi Antigone, Antigone que j'admire tant, sais-tu qui tu es vraiment? Rosée… Antigone te salue, Drosera l’a bien surnommée, tendre et fraîche comme rosée sur le matin! Te voilà bien exaltée, mon enfant, prête à me comparer aux guerriers sanglants dans leurs vrombissements de mouches et d'horreur, leurs vapeurs de colère et leurs rutilances de bronze rougi. Barbares bijoux, sonores parures de leurs épousailles mortelles. Je leur préfère ma robe simple et l'écharpe que je noue autour de ma gorge, pour que ma voix ne se trouble pas... et mon écharpe m'a gardée du silence en vérité, puisque tu m'entends encore, puisque ma voix t'atteint, jaillie de ta propre gorge... Qui suis-je, demandes-tu, et nul ne sait si de ta voix mêlée à la mienne, c'est d'Antigone ou de toi-même que tu quêtes l'identité. Qui suis-je si je ne suis ni Hector ni Achille, ni homme, ni femme, ni jeune fille, ni jeune garçon, ni soldat, ni princesse? Qui suis-je si je ne suis aucun des rôles, aucun des genres, aucune des images auxquelles il convient –selon d'aucuns– de se conformer pour être quelqu'un sur la grande scène du théâtre? Le jour se lève. Il emporte avec lui les illusions et les mirages. La rosée se dissipe, crée des brumes humides et vacillantes, elle était ici, elle n'est plus là. Je suis à ma place, sur les remparts. J'y suis aussi, dans ta voix qui monte jusqu'ici et crie «Qui suis-je? Qui suis-je?»... Mais toi, quelle place cherches-tu, Drosos-Drosera? De Thèbes, ce jour, Antigone |
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