D'amour |
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| Antigone...
Je préfèrerais grandement être à table avec des morts qu'avec des vivants, «car le temps où il me faut plaire aux morts est plus long que celui où je dois plaire aux vivants» avez-vous dit... Je seconde, si je puis me permettre. Les vivants ont un petit quelque chose d'insaisissable, de palpitant, qui fait d'eux d'éventuels prédateurs. Je les crains et pourtant j'ai besoin d'eux. Veuillez me pardonner de vous avoir inventé un scénario ennuyeux à mourir. Je ne suis pas digne de tenir un crayon en main! Vous savez, je vous envie d'une certaine façon. Je voudrais que ma tragédie fut aussi claire et définie que la vôtre. Je voudrais avoir un tyran à blâmer, un amour à abandonner, une quête à mener, mais je ne fais qu'errer. Fernand Ouellette a dit: «Ce qu'il faut à l'écrivain, comme au peintre, au musicien, c'est l'infini de la vie et l'errance...». Dans ce cas, ça va bien pour moi. Aimiez-vous Hémon? Parlez-moi un peu de lui, de ce qu'il représentait pour vous. Je crois, sans ne le connaître vraiment, qu'il était un homme juste et bien. En fin stratège, il a commencé par ne pas blesser l'orgueil de son père, mais lorsqu'il a constaté l'étendue de sa bêtise, il n'a pas hésité à qualifier ses paroles de délires et à le traiter de fou. Il vous aimait, de cela je n'en doute pas, ne s'est-il pas ôté la vie sur votre dépouille, mais vous, l'aimiez-vous? Quelles étaient aussi vos relations avec vos frères? Dans un message précédent, il me semble que vous disiez ne pas bien vous entendre avec Polynice, mais dans votre dernière tirade vous dites: «Frère, tu étais mon plus unique bien, Plus qu'un mari, plus qu'un enfant. Pour toi seul j'ai consenti le prix de la vie, Et nul autre être ne méritait de moi ce don.» Bon voilà, pardonnez-moi de vous écrire encore une fois, on revient toujours à la source, dit-on. Amitiés, Catherine B. |
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| Korê,
Je me demande si ce n’est pas Pais-enfant-, et non Korê-jeune fille-, que je devrais écrire pour vous saluer lorsque je m’adresse à vous... Enfant, oui, qui souffrez maintenant de ne pas avoir de bonne tragédie, bien solide, bien noire, bien meurtrière, qui vienne dévaster votre vie. Enfant qui croyez que c’est la tragédie qui fait l’écrivain. Enfant qui mélangez les héros et ceux qui les décrivent, les mythes et ceux qui les racontent, l’art et la vie, le songe et la réalité, et qui vous perdez vous-même dans ce grand désordre. Enfant qui voudriez que l’on vous aime assez pour que vous abandonniez l’amant, et que le monde soit digne de quêtes pour daigner les accomplir... Enfant aux yeux clos... Vous m’interrogez sur mon frère, vous m’interrogez sur mon fiancé, aimais-je l’un, aimais-je l’autre, et vous ne vous demandez pas pourquoi justement vous ne le savez pas, pourquoi ni la légende ni Sophocle n’ont jugé bon de vous donner la réponse. Enfant... Antigone |