| Lettre d'acceptation d'Antigone à l'Éditeur |
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| Athéna et Aphrodite, Grandes Déesses, accueillez
à vos pieds la petite Antigone, et vous, Kyrie Dumontais, et vous tous, passants
et badauds, librement assemblés dans cette virtuelle Agora, Salut à
vous! J'ai hésité un moment à venir, car je n'apporte jamais la paix à ceux qui pensent qu'il suffit de se plier aux lois des hommes pour goûter ce bonheur dont vous semblez tous si friands. Et c'est vrai qu'on a dit, il y a déjà 2441 ans, que, sans Antigone, ils auraient tous été bien tranquilles, là-bas, à Thèbes, ma ville aux Sept Portes. Si au moins j'avais été sage, et soumise, et si je m'étais contentée d'être une fille de Roi bien habillée, qui rit au balcon du Palais et visite les pauvres sans les voir... Mais moi, je m'en fiche, de votre bonheur, et de votre vie qu'il faut aimer coûte que coûte, de ce petit os de bonheur que l'on a le droit de lécher tous les jours, si l'on n'est pas trop exigeant. Moi, je veux tout, tout de suite, -et que ce soit entier- ou alors je refuse! Je ne veux ni mentir, ni sourire, ni me vendre, ni me soumettre aux mille mensonges des politiques parce que ça arrangerait tout le monde. Je suis, comme mon père Oedipe, de ceux qui posent les questions jusqu'au bout, et qui en rongent les réponses même si la réponse les fait mourir. Certains disent que je suis la rébellion, mais ils se trompent: je suis la conscience, je suis le refus du compromis, le petit éclat de silex planté dans le talon de la tyrannie pour la faire trébucher. Alors croyez-vous qu'aujourd'hui, dans votre monde où l'esclavage n'existe plus, où les femmes sont les égales des hommes, où les pères n'ont plus droit de vie et de mort sur leurs familles, où, somme toute, tout va pour le mieux dans le meilleur des mondes, Antigone soit encore utile? Kairete, réjouissez-vous, il n'y en a peut-être plus pour si longtemps, ou alors rendormez-vous, je ne faisais que passer... Antigone |