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Chapeau bas à Dialogus! Catherine Bourgault s'entretient avec René Podular Pibroch sur les arcanes du monde de Dialogus |
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Pleurons sur les archives
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| Les archives de Dialogus, c’est l’ensemble des personnalités inactives. Pour une raison ou pour une autre, ces personnalités ne répondent plus aux questions, mais cela ne rend pas leur correspondance antérieure inintéressante pour autant.
Q- Pibroch, dites-moi, d’où vient cette idée fabuleuse de conserver les échanges du passé? R- La connexion extratemporelle est une affaire sporadique, frémissante, épisodique, inadvertante. Sinclair et moi-même avons fait cette découverte douloureuse au tournant du siècle. Il n'y avait alors qu'une douzaine de personnalités dans l'aréopage de Dialogus et, un beau matin de printemps, le lien de Socrate nous a subitement claqué à la gueule. Nous sommes arrivés de peine et de misère à le rétablir mais quatre liens ont alors lâché coup sur coup. Il n'était plus possible de les rétablir tous. La question se posa alors du statut de la correspondance des personnages à nouveau disparus. C'est moi qui ai eu l'idée principielle des archives et c'est Sinclair qui leur a configuré l'astucieuse présentation actuelle. Celle-ci a très souvent eu l'effet heureux que nous escomptions: celui de rétablir le lien extratemporel perdu de certains de nos héros et héroïnes historiques. Surprenantes au début, les archives sont aujourd'hui un des mécanismes incontournables de Dialogus. Q- Surprenantes en effet et peut-être pourrez-vous démystifier un petit phénomène pour nous. Ainsi que spécifié sur la page principale des archives, une personnalité peut s’extirper des cyberlimbes et reprendre une correspondance active, tandis que le dossier des échanges de sa «vie antérieure» demeure aux archives. Sinclair appelle cela un caprice. Que pouvez-vous nous en dire? R- Le temps, Catherine, n'est pas une ligne simple, toron unique se déroulant comme une corde à linge grinçante sur sa poulie. Il s'agit plutôt d'un flux multiple, polymorphe et ondoyant. Voyez plutôt la rivière d'Héraclite avec ses courants chatoyants. Dialogus établit donc ses raccords, toujours aventureux, toujours au petit bonheur la chance, (imaginez un pêcheur de piranhas jetant courageusement sa ligne dans le torrent de l'Amazone) en un flux incroyablement intempestif. De plus, ce n'est pas exclusivement un flux temporel, c'est un flux modal. Le flux des envisageables, des possibles, des options. C'est ça aller à la pêche dans le maelström de l'histoire. Au nombre de ces canaux du passé circulent des courants légendaires, des frémissements hypothétiques, des bouillonnements fictionnels, des saults délirants. Un lien se rompt, puis se rétablit. Parfois, (assez rarement, en fait) la personnalité ne reconnaît plus son discours archivé. Celui-ci est d'un autre plan, il cristallise une autre modalité, il promeut une autre prise de parti historique. Notre revenant n'en veut pas et repart sur le plan qui est le sien. Nos archives se transforment ainsi doucement en une marmite où percole le choc réactif des versions historiques. Notez aussi que la majorité de nos archivés reprennent simplement leur petit bonhomme de chemin quand le raccord se rétablit. Q- Ainsi, lorsque vos messagers ou vos pêcheurs arrivent à reprendre contact avec la dite personnalité et à la convaincre de continuer le dialogue, il s’agit plus d’un coup de chance que d’une réelle recherche acharnée. Mais si nous pouvions avoir le choix, laquelle souhaiteriez-vous voir revenir parmi nous? Est-ce Erzsebeth Bathory, Jésus le Nazaréen…? R- C'est ici que le titre de la présente entrevue, pleurons sur les archives, prend tout son sel amer. C'est une vallée de larmes, un lagon saumâtre de tristesses multiples que ces archives de Dialogus. Je voudrais tous les voir revenir en bloc. Mais bon, pour jouer le jeu auquel vous me convoquez ici Catherine, je sélectionne un homme et une femme au lien rompu. L'homme que je ferais revenir, ce serait Saladin, grand politique arabe, l'un des monarques les plus civilisés et éclairés du Moyen-Âge. La femme que je ferais revenir, ce serait Camille Claudel, artiste extraordinaire encore trop méconnue. Et vous? Q- Question ardue ainsi que vous l’avez mentionné. Ma préférence va vers George Sand, femme extraordinaire, mais dont le lien se rompt sans cesse et l’empereur Claude qui n’a malheureusement répondu qu’à deux petites questions. Si l’on se réjouit lorsque des personnalités sortent des archives et reprennent le dialogue, le contraire peut aussi être vrai. Il est probable que certains s’écrient «hip hip hip hourra!» lorsque qu’une personnalité particulièrement détestée abandonne sa chaire. Pour vous, ce serait qui cet être dont la disparition vous ferait chanter de contentement? R- Achille, héros grec infatué, couillu, phallocrate, enflé et auto promotionnel me tape particulièrement sur les nerfs. La chose est d'autant plus paradoxale que le fat aux pieds légers qui me casse les miens vient de m'écrire pour me dire qu'il devait retourner au combat et qu'il ne pourrait plus s'occuper de sa correspondance. Mourant d'envie de le laisser se planter le casque au fond de la rivière, soudain subitement desséchée par mon dépit, des archives, j'ai, au contraire, tenu compte de sa grande popularité et de son incontournable impact légendaire pour le supplier de rester, ce qu'il a accepté. Que je suis donc professionnel quand même, hein, et notez que si j'ai appris à m'auto-admirer si obséquieusement ces derniers temps c'est à son contact. Et vous, vous casseriez son petit lien à qui? Q- Ha! Eh bien, figurez-vous donc que je casserais un lien pour mieux en préserver un autre. J’enverrais ce barbu de Marx aux archives et je laisserais la parole aux délicieuses femmes qui l’entourent, j’ai nommé son épouse et ses filles, qui tiennent merveilleusement la barre lorsque le mâle de la maisonnée se renfrogne dans son plumard et refuse de répondre. Heureusement, Marx convoque toujours sa famille pour lire le courrier de Dialogus et la remarquable influence féminine de ses proches n’est jamais bien loin. Maintenant, pour faire une petite Arcand de moi-même, voulez-vous répondre à une série de questions rafales? R- Bien sûr. Mais juste avant, il reste une dernière catégorie de personnalités des archives. C'est le terrible «Il y est et qu'il y reste». Quelle personnalité des archives y croupit et dont vous en êtes bien contente? Moi, c'est Claude Frollo, personnage de fiction marginal du Notre Dame de Paris de cette grosse nouille imbibée de romantisme de Victor Hugo. Frollo est un théocrate mégalo, un tyran abusif et un raciste inepte. Il n'a rien de bon à apporter. Je l'exècre. À vous. Q- Hum. Je dirais Descartes que je n’ai jamais aimé et qui m’a fait passer de douloureuses heures en cours de philosophie. Qu’il reste donc aux archives, ainsi je n’aurai jamais l’humiliante sensation de n’absolument rien comprendre face à ses lettres que d’ailleurs je ne lis pas, qu’elles soient aux archives ou ailleurs. Quelle est selon vous la personnalité la plus regrettée par les lecteurs? R- Indubitablement: Jésus. Lequel des deux, le Nazaréen (le terrestre) ou le biblique, là c'est difficile à décider. Mais il(s) croulait sous les électro-plis le bon tesson d'hostie... Q- Quelle est la ou le archivé(e) dont le retour prochain est le plus probable? R- Il y a désormais sur le frontispice de Dialogus une capsule intitulée «temporairement aux archives». Y marinent au jour d'aujourd'hui une dizaine de cornichons, dont Hitler, Beethoven, Bakounine et Napoléon. Dans leur cas, croyez-le ou non, chère Catherine, le lien extratemporel est moins rompu que sporadiquement brouillé. Ce sont incontestablement, comme nous le signalons si explicitement, nos revenants les plus probables. Q- Y a-t-il parmi ces archivés, les temporaires et les sous toute réserve permanents, quelques personnalités qui ont manifestement tout dit? R- Non, aucun. Ils pourraient tous crier, du fond des archives de Dialogus, le beau mot de Gilles Vigneault: tout a été dit, mais pas par moi! La question que vous posez là est de la plus haute importance, Catherine, en ce sens qu'on pourrait effectivement imaginer que certaines personnalités de Dialogus se sont retrouvées aux archives à cause du vide quantitatif (ou même qualitatif!) de leur propos. Ce n'est pas du tout le cas. Croire cela ce serait se demander ce que les victimes d'une tragédie aérienne ou d'une panne de pacemaker avaient fait de mal. Rien. Ce qui est arrive n'est pas de leur faute. C'est... la faute à pas-de-chance, comme disent les Français. AUCUNE PERSONNALITÉ DE DIALOGUS NE S’EST RETROUVÉE AUX ARCHIVES À CAUSE DE CE QU’ELLE AVAIT À DIRE OU PARCE QU’ELLE N’AVAIT PLUS RIEN À DIRE. La totalité des personnalités archivées le sont à cause d'une rupture du lien extratemporel éminemment et fondamentalement impondérable. Si nous avons la chance de rétablir ce lien, tout redémarre sans arrière-pensée. Q- Ainsi donc, nous pouvons espérer un retour pour chacun d’eux. Un mot de la fin, cher Pibroch? R- Une variante du mot de Sinclair, dans son descriptif des archives de Dialogus: Si vous, bouillant lecteur, bouillante lectrice, connaissez un moyen de raccorder le lien extratemporel avec toutes ces merveilleuses personnes, faites-nous le savoir! Catherine Bourgault août 2005 |
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