Chapeau bas à Dialogus!

Catherine Bourgault s'entretient avec René Podular Pibroch sur les arcanes du monde de Dialogus

Présentation de Dialogus Le personnage fictif Les gros méchants chez Dialogus
L'anachronisme chez Dialogus Dialogus et les sciences Pleurons sur les archives
Les femmes chez Dialogus Les religions chez Dialogus
Les Gros Méchants chez Dialogus
Q- Bonjour Pibroch!

Parmi les personnalités populaires auprès des lecteurs se trouve une catégorie particulière, celle du côté obscur. D’ailleurs, Dialogus possède maintenant une section destinée uniquement aux criminels. Mais dispersés un peu partout se trouvent d’autres mauvais sujets, repentis ou non, que les internautes prennent plaisir à asticoter. Qu’est-ce qui attire les correspondants dans ces confrontations d’après vous?

R- En fait c'est une affaire de règlement de comptes. Nos correspondants aspirent entre autres à régler leurs comptes avec l'histoire. C'est là une des grandes fonctions exutoires de Dialogus. Et régler ses comptes avec l'histoire c'est aussi en découdre avec les sales gueules historiques. Et puis la barrière extratemporelle est un facteur savoureux et utile. Dialogus permet d'aller tirer les moustaches à Hitler ou à Staline sans danger de finir purgé dans le prochain pogrom. Ça rassure ça. Ça fascine aussi.

Q- La fascination hitlérienne, ça se comprend. Croyez-vous que certains internautes espèrent secrètement modifier le cours de l’histoire en faisant changer d’idée à Hitler ou s’agit-il uniquement un règlement de compte?

R- C'est vraiment très intéressant cette idée généreuse de faire changer d'idée à un criminel au milieu de sa lancée grâce à la communication extratemporelle. Je n'y avais personnellement même pas pensé, mais ça ne veut rien dire... Y a-t-il des internautes assez candides pour croire pouvoir amener Jack l'Eventreur à remplacer son coutelas par un plumeau, ou amener Hitler à se comporter comme le petit barbier joué par Chaplin dans THE DICTATOR? Je suis obligé de répondre: oui. Je suis obligé de m'aviser du fait que certains correspondants honnêtes s'intéressent peut-être bien aux criminels de Dialogus juste pour ça: leur rédemption. Si l'âne attire d'autres ânes, il peut peut-être en venir à éventuellement attirer des âniers...

Ceci dit, nos criminels attirent aussi leurs admirateurs. Et ça, ça fait un peu froid dans le dos quand même.

Q- Par exemple…?

R- Laissons de côte tous ces crypto nazis et ces crypto staliniens qui vont se frotter à nos moustachus. C'est assez gênant et en fait de peu d'intérêt. Mais méditons ensemble ceci: L'Éventreur et Landru, tueurs de femmes, reçoivent des électro-plis de femmes... C'est inénarrable quand on s'y arrête une minute.

Pourriez-vous, en tant que femme, m'expliquer un peu ce sidérant mystère?

Q- Je ne m’épancherai pas sur le cas de Jack L’Éventreur. Par contre, Henri Désiré Landru, tueur de petites dames sans grandes histoires, affirme que ses victimes étaient consentantes. On le dit aussi grand séducteur. Peut-être les correspondantes cherchent-elles à vérifier l’exactitude de ces faits, à entrer et ressortir de la tanière sans égratignure, à se prouver, qu’ELLES, elles ne se seraient pas faites emberlificoter par le barbu enjôleur? Ou alors c’est qu’elles cherchent la vérité. Les victimes étaient-elles ou non consentantes? Et Oswald était-il ou non coupable? Etc.

R- Oui, oui. Je suis bien bête de ne pas y avoir pensé. Le roman policier, le polar avec ses crimes et ses mystères a un fort bassin féminin de lecteurs. Les femmes aiment bien résoudre le mystère, le vaincre. C'est très vrai, ça. Et résister au loup, comme la chèvre de Monsieur Séguin, c'est aussi une quête très féminine. Vous voyez très clair dans le coeur de ces dames, chère dame!

Notre Landru, matois comme un singe, est particulièrement malodorant avec cette façon qu'il a de se justifier, de se donner comme un abnégatif champion du suicide assisté. Quel minable, quand même! On croirait entendre Papon ou Pinochet se justifiant sans fin à leur procès, sans le moindre remords.

Maintenant, la grande Dame Batory étant tombée aux archives, nous n'avons plus qu'une seule criminelle femme, la petite Abigaïl Williams. Que pensez-vous d'elle?

Q- Ayant lu récemment une fiction sur les sorcières de Salem, je trouve le cas de Abigaïl Williams fort passionnant. Jeune fille dans un village terne où la peur et la religion sont omniprésentes et entrelacées, elle s’amuse un peu, attire l’attention, dépayse le quotidien ennuyant à mourir. Mais voilà que la blague prend une tournure rocambolesque et plus de vingt innocents vont se faire pendre cet été-là. J’ai toujours trouvé intrigantes ces jeunes filles en manque d’excitation qui mentent un peu pour le «thrill» et se retrouvent coincées dans leurs inventions, bien obligées d’aller jusqu’au bout pour ne pas perdre la face. Et vous, que pensez-vous d’elle?

R- Eh bien, elle exemplifie très bien le problème que vous avez si bien décrit tout à l'heure, celui des motivations. Gaffe de gogole paniquée ou combine tortueuse de petite criminelle de génie? Difficile à décanter. La nature du crime aussi est peu banale. C'est la vindicte qui sert d'arme. Le résultat est quasi-génocidaire. On a là le miasme parfait à conjoncture historique contrainte, comme les guerres mondiales et les ruées vers l'or. Le crime se nourrit de la bêtise, ce drame-là le prouve de façon flamboyante. Une autre petite bêtise est qu'Abigaïl ne reçoit pas assez de courrier. Ce serait si intéressant de la voir se déployer.

Votre criminel favori chez Dialogus, ça ressemble à qui?

Q- Eh bien, mon chouchou n’est pas dans les criminels reconnus, mais plusieurs le voient ainsi, c’est l’empereur Caligula. Il me fait mourir de rire! Il faut vraiment aller lire sa correspondance. Bien sûr, je le préfère là où il est, à une distance raisonnable de moi.

À vous!

R- Je penche pour l'Éventreur. Le personnage historique m'horripile suprêmement, surtout quand il s'avère qu'il a de répugnants continuateurs et qu'il n'a lui-même jamais été pincé. Le Jack de Dialogus, impudent et brutal, reproduit bien, superbement même, cette horripilation chez moi. Et, aime, aime pas, c'est ça du grand Dialogus. Vive Jack L'Eventreur! Hélas!

Et les criminels que vous voudriez voir débarquer chez nous?

Q- Il me faudra attendre quelques années, j’en ai bien peur. J’attends Karla Homolka et son sacripant de mari.

J’imagine que vous avez pour nous une ribambelle de criminels à nous proposer?

R- Ceux-là, pour qu'ils joignent Dialogus, il va falloir qu'une plus bandit qu'eux les descende... Laissons tomber pour le moment. Je prendrais bien d'abord quelques pirates, Barbe Noire, Jean Laffitte. Les pirates sont captivants parce que les crimes graves qu'ils commettent selon nos critères (les meurtres) sont considérés mineurs par leur temps qui d'autre part leur reproche la piraterie, crime somme toute peu clair à nos yeux. Ainsi Jean Laffitte s'était taillé un véritable pays pirate quelque part dans la Louisiane du temps. Pays «illégal» naturellement. J'ajouterai quelques cow-boys, Jesse James, Billy the Kid. Je voudrais surtout converser avec Emmet Dalton, le plus jeune des (vrais) frères Dalton. Au moment où les Dalton se font abattre, Emmett prend 28 pruneaux partout dans le corps mais survit. Taulard pendant des années, il finira gracié, deviendra voyageur de commerce et jouera même son propre rôle dans un Western. Hallucinant. Un autre criminel, tragique mais étonnant, c'est l'extraordinaire guitariste de blues Huddie Ledbetter dit Leadbelly. Génie musical, violent à cause d'une enfance douloureuse, il tue un mec. On le fout au bagne, il y passe quelques années. Puis, il joue un concert pour le gouverneur de l'état. Ebloui par son talent, ce dernier le gracie. Il tue quelqu'un d'autre et le cycle recommence. Il a fini hors de taule et a pu enregistrer beaucoup, mais dites-donc, à quel prix. Dans les spots publicitaires pour sa musique on le représentait en costume rayé de bagnard. Effarant.

De femme criminelle, je ne souhaite de tout mon coeur qu'une seule. Mais elle est cardinale, incontournable, sublime. Je pense à elle tous les jours. C'est la Magicienne Médée.

Q- En terminant, si vous étiez un criminel notoire sur Dialogus, quelle question aimeriez-vous qu'on vous pose?

R- Comment, cher Podular Pibroch, êtes-vous arrivé à détourner les deux tiers de la fortune de Bill Gates sans tambour, sans trompette, sans perte de vie et... sans vous faire pincer!

Q- Ha! Excellent! Je la garde en mémoire, juste au cas où...

Merci beaucoup, Pibroch, pour un autre entretien très intéressant.




Catherine Bourgault – Juin 2005