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Chapeau bas à Dialogus! Catherine Bourgault s'entretient avec René Podular Pibroch sur les arcanes du monde de Dialogus |
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Les religions chez Dialogus
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| Q- Bonjour René Podular Pibroch! Nous voilà de nouveau réunis pour l’exploration d’une autre thématique, les religions chez Dialogus. Dialogus compte maintenant 6 personnalités chez les dieux, démons et autres personnages connexes, et c’est sans compter les divinités dans la nouvelle section de mythologie gréco-romaine. Comment qualifieriez-vous l’engouement que provoquent ces personnages immortels chez les internautes dialogusiens? R- Il est immense, très intense et peu banal. L'étoile absolue c'est évidemment l'être absolu. Dieu est le champion incontestable pour ce qui en est de la réception quantitative de correspondance. Les amis, les ennemis, les pour, les contre, les sérénissimes agnostiques. Tour le monde veut en découdre avec Dieu. Il y a même eu une Affaire Dieu où la controverse sur son authenticité identitaire a défrayé les chroniques parmi les correspondants et les personnalités de Dialogus. Qu'on souffle le chaud et le froid, il n'y a rien à redire: Dieu est dans le vent. L'affaire est d'autant plus remarquable que Dialogus est un espace d'échange dont le caractère laïc est solidement senti. L'humain (et son reflet: le divin) étonneront toujours. Ceci dit, il y a une autre facette importante à votre question, Catherine. Le fait est que certains des immortels dont vous signalez l'existence et la stature à Dialogus sont bel et bien historiquement et techniquement des dieux ou des demi-dieux mais sont en fait sentis et approchés comme des personnages de fiction comme les autres. Les figures mythologiques sont certainement dans ce cas. Il me semble qu'elles assument alors dans notre imaginaire des fonctions assez similaires à celles qu'elles ont tenues depuis la plus haute antiquité... avec une inévitable petite touche moderniste naturellement. Q- Dans le cas de dieu, il s’agit uniquement de l’idée de dieu. Il se défend bien d’être le dieu des chrétiens ou de n’importe qu’elle autre doctrine, c’est bien cela? Est-ce à dire que, chez Dialogus, la véritable divinité n’existe pas, n’est qu’un personnage de fiction parmi tant d’autres? R- Le Dieu de Dialogus pose, pour tout dire, un intéressant problème théologique. Dans sa progression vers la déréliction, le monothéisme a classiquement connu deux phases. La première phase est le théisme. Elle se caractérise par un être suprême omnipotent et capable de sentiments comme la satisfaction ou la colère. En phase théiste, Dieu intercède et la prière exerce une fonction cardinale d'interaction avec la puissance divine. La seconde phase d'évolution du monothéisme est le déisme. Dans cette phase, plus moderniste, on insiste sur le caractère d'omniprésence de Dieu, sur son aptitude, toute passive, toute objective, à assurer sans tambour ni trompette la cohésion de l'univers. Le Dieu de la phase déiste c'est l'être suprême des francs-maçons, le «Dieu de Voltaire». Le Dieu interventionniste de la phase théiste est inscrit inévitablement dans un culte spécifique, apparu historiquement. Il a ses interprètes, son code, ses sectateurs. Le Dieu de la phase déiste est censé être là simplement, au-delà de tous les cultes spécifiques, les dépassant, les relativisant. C'est le Dieu de la mondialisation et du relativisme religieux. C'est ici que s'inscrit le paradoxe du Dieu de Dialogus. Il ne se raccorde à aucun culte spécifique, comme le Dieu de la phase déiste, mais il intervient verbalement sur demande comme le plus archaïque des fétiches théistes. Il n'a pas le choix, s'il veut être un personnage de Dialogus, il faut qu'il parle, qu'il réponde! Or répondre quand on est Dieu, cela sous-tend toute une option théologique... contraire à celle qu'il promeut dans ses propos, comme par hasard. Piégé dans ce paradoxe insoluble, il est obligé de se prouver Dieu du déisme par... le Verbe le faisant inévitablement régresser sur le théisme. Délicieuse à cet égard est l'attitude de la majorité des correspondants. Si on parle ouvertement à Dieu sur Dialogus, la prière, acte théiste traditionnel par excellence, est, elle, rarissime. On interpelle Dieu plus qu'on ne le prie. On lui demande des comptes plus qu'on ne lui en rend. Le Dieu de Dialogus ne fait pas l'objet d'un culte mais d'un débat. Il y a là une saine iconoclastie à laquelle la bonhomie de Dieu répond avec un brio particulièrement savoureux. Q- Dialogus a reçu de nombreuses plaintes concernant ce dieu justement. Croyez-vous que Dialogus va trop loin en insérant parmi ses personnalités, une figure encore vivante dans notre société. Personne ne proteste contre Athéna ou Aphrodite, car, bien qu’elles soient encore vénérées par quelques adeptes dans le monde, elles n’ont pas une foule de croyants à leur suite. Je me rappelle une lettre d’une correspondante outragée qui accusait Sinclair de mal interpréter Yahvé. Et Sinclair de lui répondre que le dieu de Dialogus n’est pas Yahvé et que lorsque celui-ci viendra cogner à la porte, il l’accueillera bien gentiment. Ce genre de polémique ne vous fait pas trop peur? R- Je vous prie de me pardonner Catherine (enfin une vraie prière sur Dialogus!), tout à mon envolé théogonarde de tout à l'heure, j'ai oublié de répondre à la seconde portion de votre question, pourtant très importante. Le Dieu de Dialogus est-il conséquemment inexistant? Eh bien, responsable du comité éditorial de Dialogus, je serais bien concon de vous affirmer froidement que Tintin, le Petit Prince et Dracula sont bien réels (vu qu'ils interviennent à Dialogus) et que Dieu est inexistant parce que fictif. Je suis en harmonie avec mon athéisme mais je juge aussi qu'il faut rester sport et ne pas se mettre à faire du prosélytisme à rebours. Tous les personnages de Dialogus ont une modalité d'existence, Dieu est un personnage de Dialogus, donc Dieu... vos lecteurs pourront aisément compléter ce petit syllogisme par eux-mêmes. «Peste, j'enrage, vous n'avez rien compris à [placez ici la personnalité de Dialogus de votre choix]» est un commentaire critique que nous recevons en permanence à propos de tout l'aréopage de Dialogus. Evidemment quand Socrate (qui s'en moque comme d'un guigne) se fait reprocher de ne pas suivre la ligne de Platon, cela ne porte pas d'enjeu théologique particulier et on en tremble conséquemment moins. Dieu ici ne fait face à rien d'autre qu'au commentaire standard des admirateurs qui ne sont pas perchés sur la même modalité que lui. Souvenez-vous de Pibroch qui refuse de croire que Cassandre a perdu ses dons de devineresse. Il n’y a là pas plus que cela. Et ce n'est vraiment pas cela qui est susceptible de me faire peur. Arrêtons-nous un instant, puisque c'est censé être la minute métaphysique, sur mes peurs, justement. Les peurs de Pibroch! J'ai peur du ski, de l'alpinisme, des chiens errants qui bavent, des camions poids lourds lancés à fond de train sur l'autoroute et des couteaux trop aiguisés. J'ai peur de ce qui engage un danger réel, pas intellectuel. Je n'ai donc pas peur d'une bigote édentée qui grommelle parce qu'on lui tourne son Yahvé en guignol de foire. Ma peur sur ces questions c'est de voir se présenter au portillon de Dialogus un certain Monsieur Abu al-Qasim Muhhammad ibn'Abd Allah ibn Abd al-Muttalib ibn Hachim... Les Musulmans, très soucieux d'éviter toutes sortes de superstitions entourant leur prophète et jugeant que seul Allah mérite un culte, ont commencé par ne pas représenter Muhammad physiquement, pour éviter qu'il vire au fétiche (pour tout dire: comme Jésus et ses saints). Cette prudence de sectateur avisé a vite viré à l'interdit dogmatique. La prohibition d'une représentation physique du prophète (son incarnation dans une production cinématographique, par exemple) est une obligation, disons, extraterritoriale aux yeux des Musulmans. N'ayant peur que de ce qui engage un danger réel, j'ai peur que Muhammad se présente au portillon de Dialogus avec son paradoxe représentatif et les objecteurs de conscience actifs que cela susciterait... Je cède donc à cette peur et c'est d'autant plus douloureux et regrettable qu'il serait fascinant de pouvoir discuter avec ce personnage capital qui, si j'en juge par le récit de sa vie rapporté dans la Sunna, devait être d'une intelligence peu commune. Q- Est-ce à dire que vous lui refuseriez l’entrée chez Dialogus? R- Ce serait un sacré dilemme. Évidemment, j'ai déjà deux Jésus et deux Saint-Paul (comme il y avait douze saints prépuces éparpillés dans divers lieux de pèlerinages de l'Europe médiévale!), je serais conséquemment bien mal placé pour ne pas accepter le prophète de l'Islam à ma table. Il... il faudrait que je m'isole dans une caverne et que je médite la chose. J'aurais peur. Pour dire que toute peur doctrinale a de solides racines humaines... Q- Parlant de peur, vous avez accepté dans votre petit groupe de personnalités hétéroclites, deux incarnations fameuses du mal, j’ai nommé Satan et Méphistophélès, fort différents l’un de l’autre. Quelle position prenez-vous face à ces deux figures démoniaques, dont la première est particulièrement farouche et mal élevée. R- Je les aime beaucoup. Je les aime tendrement. Ce sont des manifestations de radicalité qui ont, elles aussi, énormément de mérite. Satan et Méphisto l'ont beaucoup moins facile qu'on pourrait le penser à Dialogus. Ils salivent, ils trépignent, ils éructent, ils jouent des griffes et des ongles. «Méprisables mortels», «Je suis le mal et je vous transcende». Ils restent des diables dans une boîte et la boîte s'appelle Dialogus... Dans le monde des stéroïdes au baseball, des guerres sales, et des réseaux d'esclavage sexuel et de pédophilie, il est bien difficile et dérisoire pour un personnage de tréteaux de se donner comme l'incarnation du mal absolu. Leur effort est fort méritoire même si, n'ayons pas peur des mots, c'est un effort strictement dialogusien, c'est-à-dire par-dessus tout... verbal. Q- Nous avons abordé les dieux vivants, les dieux néfastes, il nous reste les vieux dieux, les dieux étrangers, Athéna, Aphrodite, Râ, Fenrir, Loki et Jack O’Lantern, qui tient plus du monde des ombres. Ces personnages, outre leur statut divin, présente un intérêt historique passionnant. Considérez-vous qu'ils remplissent bien leur mission? R- À fond! Leur seul défaut c'est qu'ils manquent de compagnie. Dites, selon une coutume désormais bien implantée entre nous, Catherine, de tout cet aréopage divino démoniaque, votre favori, ça ressemble à qui? Q- J’aime énormément dieu pour le calme et la réflexion qu’il m’inspire. J’aimerais mieux Aphrodite si ses correspondants arrêtaient de prendre son officine pour un courrier du cœur et Satan me fait rigoler! Et vous? Quant à la personnalité divine que j’attends impatiemment sur Dialogus, pouvez-vous deviner? R- Ne lancez pas la pierre aux disciples d'Aphrodite. Ils lui font exercer ce genre de fonction depuis la plus haute antiquité je crois. Mon favori, c'est de loin le premier Jésus, le «Jésus le Nazaréen» qui se repose désormais aux archives. Je le trouve décapant et génial. Ce n'est pas une surprise qu'il soit ainsi tombé dans l'oubli, et aux archives. Pour vos attentes, je dirais hmmm... (pas simple ça), un candidat récent: Jean-Paul II! Q- Non, mais je ne dis pas que je ne le questionnerai pas s’il arrive. Je pensais plutôt à la Déesse Mère, de n’importe quelle tradition. Et vous? R- Au nombre des grandes figures, j'irais chercher Kali, la Noire déesse du Bengale, Hécate, la gorgone Méduse et les trois Parques. Ça me meublerait mon petit univers réflexif un brin. Au chapitre des petits saints besogneux (pour tenir compagnie à L'abbé Martin et à Frolo) j'irais chercher le mystérieux curé Jean Meslier (1664-1729) qui, du fond de sa paroisse de campagne, fut athée, matérialiste et anticartésien sous Louis XIV. Q- Merci Pibroch. Oh, comme cela, jouez au devin et faites-moi une prédiction. Dans 100 ans, si Dialogus existe encore, croyez-vous que dieu aura encore la cote? R- Il ne sera dépassé de quelques longueurs que par... Sinclair Dumontais. Benoît XVI, pour sa part, ne recevra que quelques électro-plis redondants lui demandant sur tous les tons qui il est et une jolie lettre d'insulte assez bien tournée d'un théocrate contrarié qui lui reprochera de ne pas avoir résolu le paradoxe politicien irréconciliable de la démocratie chrétienne. Mais à ce moment-là, je serai loin! Q- Prions pour que vous ne soyez pas aux archives! Catherine Bourgault Juin 2005 |
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