Anne
écrit à

Achille
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Anne à la belle bouche, J’avais à peu près treize printemps lorsque mon fils est né et sa mère, Déidamie, en avait quinze environ. J’en compte vingt-cinq à présent. C’était à l’époque où ma mère avait décidé, pour ma sécurité, de me cacher parmi les vierges résidant à la cour du roi Lycomède sur l’île de Scyros. Déguisé en fille, j’ai vécu parmi elles et c’est ainsi que je suis tombé amoureux de Déidamie et que je l’ai séduite. Cela fait maintenant douze années de cela. Un an ou deux de plus et je te dirai que si mon fils est la moitié de ce que j’étais, il sera prêt à venir combattre à mes côtés, ou pour honorer ma mémoire si, comme tu le dis, je dois mourir d’ici peu. À l’époque du drame d’Aulis, j’avais à peine quinze ans et Oreste était encore un enfant vivant dans le quartier des femmes. Il avait donc quelques années de plus que mon propre fils, mais guère plus que quatre ou cinq. Pour ce qui est d’Alexandre, il est mon aîné d’une quinzaine années. Je me souviens très bien de l’annonce de l’enlèvement d’Hélène. C’était pendant un banquet en l’honneur de mon initiation, j’avais alors sept printemps. Nous n’avons traversé la mer Égée pour envahir la Troade que huit ans plus tard. Tu sais, on n’assemble pas une coalition de douzaines de royaumes en quelques mois. Il aura fallu toutes ces années à Agamemnon pour convaincre les chefs, faire fabriquer des armes, des vaisseaux, des chars et monter une armée. J’espère avoir réussi à dissiper ta confusion et si tu as des questions supplémentaires, n’hésite pas à m’écrire de nouveau. Que les dieux te chérissent! Achille |