Adélaïde
écrit à

Achille
| Grand guerrier Achille,
Achille te salue, ô Adélaïde! C’est Patrocle le premier qui me fit découvrir les émois de l’amour. J’avais six ans, il en avait seize et j’aurais tout donné pour avoir la chance d’être dans ses bras, mais je dus attendre de nombreuses années. Mon sentiment n’en était pas moins réel et mon cœur ayant goûté ce miel, il ne voulut plus s’en passer. Ainsi, ma vie entière fut divisée entre deux passions qui me dévorent depuis longtemps, l’une langoureuse et douce, l’autre violente et enivrante, celle du combat et du pouvoir. J’ai connu l’amour physique pour la première fois sur le mont Pélion. J’avais quitté mon maître Chiron et je vivais comme les centaures, au gré de mes désirs du moment. Sur ce mont vivaient des nymphes qui s’éprirent de moi et m’apprirent toutes les délices qui accompagnent les contacts physiques. Ensuite, il est vrai que je connus l’amour, que j’épousai Déidamie et qu’elle me donna un fils. D’Iphigénie, je n’eus que le temps d’admirer sa grandeur d’âme et son courage dans le sacrifice. Elle était sublime et est certainement une des femmes les plus admirables que j’aie jamais rencontrées, mais je n’ai jamais ressenti aucun désir physique à son égard. Iphigénie l’Intouchable! Avant que Briséis n’entre dans ma vie, j’ai connu beaucoup de petites passions, qui me furent dans certains cas absolument néfastes. Que pouvais-je y faire, j’aime facilement! Je m’ouvre aisément et je m’accroche violemment à tout ce qui m’apporte un peu de plaisir. Je suis comme cela aussi dans le combat; je me bats avec férocité, cherchant constamment à prouver ma totale et indiscutable supériorité. Donc, pour répondre à ta question, je fus toujours plus ou moins amoureux de mes conquêtes, mais une seule personne a surpassé toutes les autres dans mon cœur: mon bien-aimé Patrocle, le meilleur des Achéens. Depuis sa mort, je combats plus ardemment qu’avant, cherchant vainement la satisfaction de mon désir de vengeance dans chacun de mes coups, et je ne vois qu’une fin pour moi: une mort éclatante, sous la lame d’un ennemi qui aura su me terrasser. Je te remercie pour tes vœux de chance et je te souhaite en retour le bon œil! Achille
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