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C.C.T.
écrit à

Achille


Mère, guerre et talon


   

Cher guerrier très puissant Achille,

Je suis un élève de quatrième qui aimerait bien en savoir encore plus vous. Je sais bien que votre mère, Thétis, la déesse d'eau, vous a baigné dans le Styx, mais pourquoi? Est-ce par envie, égoïsme ou pour vous protéger? Les documents d'aujourd'hui ne sont plus assujettis. Avez-vous eu peur en guerre, sachant que votre talon est un point faible? Savez-vous que « le talon d'Achille » est une expression assez courante qui signifie le point de vulnérabilité de quelqu'un? Je ne crois pas avoir un « talon d'Achille ». Savez-vous à quel point vous êtes puissant mais à la fois extrêmement faible? Je n'essaie pas de vous offenser, mais je vous conseille de prendre garde et d'être prudent.
                                                     
Que le dieu Zeus soit avec vous,

C.C.T
 


Salut à toi, ô C.C.T.!

Tu me décris comme étant puissant, mais extrêmement faible également. N’est-ce pas là la réalité de tous les êtres vivants sur cette terre? Faiblesse et puissance, amour et haine, énergie et fatigue… ce sont tous des états accessibles à l’humain. Ils semblent s’opposer, mais proviennent de la même racine, émanent du même cœur. Il n’y a rien d’extraordinaire à cela et rassure-toi, je suis pleinement conscient de toutes mes faiblesses.

Ma mère voulait m’offrir l’immortalité. Elle ne voulait pas que je meure, jamais. Je crois que c’est un sentiment tout à fait normal pour un parent, doublement pour une déesse. Ma mère avait été informée d’une prophétie me prédisant un destin éclatant, mais bref. Elle ne pouvait supporter cette idée terrible. Un seul rituel est efficace pour transformer un mortel en immortel: les flammes et l’ambroisie. Cette histoire du Styx est une bêtise! Enfin, peu importe comment, ma mère a échoué. Je suis donc mortel. La voilà, ma vulnérabilité. Je peux mourir et je mourrai, tout est dit. J’ai frôlé la mort à de nombreuses reprises, je sais ce que c’est que de se tenir au bord du gouffre. Je n’ai pas peur de la mort. Lorsque j’affronte un ennemi, ce n’est jamais la prudence qui m’anime. C’est beaucoup plus primal que cela, un puissant instinct de survie, un fauve qui sort de sa tanière et dévoile ses crocs.

Tu parles de mon talon comme de mon plus grand point faible. Que fais-tu de ma gorge, avec sa chair tendre et dénudée, ou de mes cuisses, cibles faciles, où courent de grosses veines qui irriguent mes jambes? Je connais suffisamment la médecine et l’anatomie pour savoir que je ne risque pas vraiment de mourir d’une blessure au talon.

Tu déclares bien pompeusement n’avoir aucune vulnérabilité. Attention à ce que ton arrogance n’attire pas l’attention des dieux. Il n’y a rien que les immortels n’aiment mieux que de rabaisser un caquet trop haut.

Achille

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