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Enzo
écrit à

Achille


L'impact de la mort de Patrocle


   

Khaîre Achille,

Je m'appelle Enzo, je vous écris pour un devoir du collège Marcel Proust. Et j'aimerais savoir certaines choses sur la guerre de Troie.

Tout d'abord, sachez que je vais aborder un sujet assez délicat, alors je m'excuse d'avance et j'espère ne pas vous faire de mal.

D'après vous, pourquoi Patrocle a-t-il enfilé votre armure lors de l'attaque troyenne lors de laquelle il mourut? Pensez-vous que c'est parce qu'il espérait être craint en se faisant passer pour vous?

Pensez-vous que si Patrocle n'était pas mort vous auriez quand même vaincu Hector, et sa mort vous a-t-elle permis d'oublier celle de Patrocle? La guerre de Troie vous a-t-elle apporté quelque chose à part la gloire?   
   
Je vous remercie d'avoir lu ma lettre et je vous salue, cher Achille,

Enzo


Khaïré, ô Enzo!

Le long siège de Troie intéresse, fascine même, de nombreuses personnes. Je reçois régulièrement des tablettes d'argile me questionnant. Évidemment, il est hors de question que je répète ce qui se dit au Conseil des Princes, par sécurité, mais je n'ai aucune objection à évoquer les évènements du passé. Pour ce qui est de ma souffrance, rien ne peut l'augmenter, elle est déjà à son apogée.

Patrocle a revêtu mon armure avec ma permission. Je l'ai moi-même aidé à s'armer, j'ai placé mon casque sur sa tête, mon égide sur son bras, ma lance dans sa main... J'étais en conflit avec le généralissime Agamemnon parce qu'il s'était approprié l'une de mes captives, une femme nommée Briséis que j'aime tendrement, et pour le punir je m'étais retiré du combat, moi et mon armée de deux milles cinq cents hommes. Mon absence du champ de bataille se fit vite ressentir et les Troyens s'avancèrent jusqu'au mur d'enceinte de notre campement et commencèrent à y percer des trouées. Notre survie réclamait la participation de mon armée, mais j'étais physiquement incapable de lancer un seul trait pour cette chienne de face d'Agamemnon qui retenait encore mon amie prisonnière. C'est alors que Patrocle a eu l'idée de revêtir mon armure et de repousser les Troyens à l'aide de mon image seule. Ainsi, la menace réelle qui planait sur nos vies allait être éloignée, sans que j'aie à renoncer à mon serment de ne plus jamais combattre pour Agamemnon. J'ai avisé Patrocle de ne pas trop s'éloigner du campement. Je lui ai spécifiquement dit de se contenter de repousser les Troyens. Cependant, c'était sans compter sa nature héroïque. Il m'a désobéi et il a poursuivi Hector jusque sous les murs de Troie. Là, les dieux ont permis qu'Hector tue Patrocle.

La mort de Patrocle a déchaîné une bête fauve en moi et j'étais plus que déterminé à faire crever Hector. Avant la mort de Patrocle, j'admirais Hector. C'était un grand prince et un vaillant guerrier. Lorsque mes officiers m'ont rapporté les circonstances de la mort de Patrocle, j'ai perdu tout respect pour Hector. Sa victoire contre Patrocle n'avait rien d'honorable. Ils n'ont pas combattu en duel, ne se sont pas affrontés face à face! Hector a profité d'un moment de confusion et a percé le flanc de Patrocle alors que celui-ci avait pratiquement le dos tourné et qu'une partie de son armure lui avait été arrachée.

La mort d'Hector n'a rien apaisé en moi, au contraire. Tout de suite après lui avoir enfoncé ma lance dans la gorge, j'ai compris que je le souhaitais encore en vie, pour pouvoir le tuer à nouveau. J'ai attaché son cadavre à mon char et j'ai traîné son corps jusqu'à notre campement. Par trois fois, je l'ai abandonné dans le fumier pour ensuite le récupérer et le traîner davantage alors que je poussais furieusement mes chevaux sur la falaise. La cruauté n'apporte jamais le réconfort, je l'ai compris finalement. Ma haine contre Hector s'est apaisé lorsque son père, le roi Priam, est venu à moi, seul et en pleurs, réclamer la dépouille de son fils. À cet instant, j'ai vu la fresque entière: des enfants morts et des parents éplorés, partout.   

Je me rappelle de nous, fiers princes, lorsque nous étions réunis à Aulis, juste avant le départ vers Troie. Nous rêvions d'or, de gloire et d'aventure. Nous disions que nous irions plus loin que nos pères, que nous verrions davantage de ce grand monde. Dix ans plus tard, de très chers amis m'ont précédé dans la tombe. Ce que la guerre nous a apporté? Une entrée au très ultime banquet du séjour des morts.

Puisses-tu connaître une tout autre destinée!

Achil

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