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Correspondant
écrit à

Achille


Le destin

Cette conversation fait suite à "Calmons les ardeurs (2)"

   

Bonsoir à toi, cher Achille... Je ne sais pas si tu te souviens de moi. Je m'excuse de ne pas t'avoir répondu avant. Comment vas-tu, très cher Achille?


Douce Marianne,
 
Comment pourrais-je t’oublier? Toi qui, dans mon désespoir, as toujours fait preuve de bonté envers mo?. Parle-moi de ta fille, est-elle toujours en bonne santé? Je crois qu’elle sera bientôt une femme. Doit-elle se marier prochainement? Ton époux est-il revenu auprès de vous? Ou t’es-tu remariée?
 
Tu savais que j’ai tué le prince Hector et que je me vengeais sur son cadavre. Je l’ai finalement rendu à Priam. Peux-tu le croire, le vieux roi est venu une nuit dans ma baraque, seul, sans arme, sans apparat, et m’a supplié de lui rendre la dépouille de son aîné, en pleurant et en me baisant les mains. Je n’ai jamais rien vu d’aussi triste et pitoyable que ce vieillard réduit à cet état. Cette nuit-là, j’ai pleuré abondamment dans les bras du roi de Troie. J’ai nettoyé et vêtu le corps d’Hector et l’ai remis à Priam en leur accordant onze jours de trêve. Je crois que Patrocle aurait approuvé. De toute façon, il n’était plus question de continuer à m’acharner sur le cadavre de mon ennemi. Les larmes de Priam ont lavé, en quelque sorte, ma colère.
 
Cependant, cette pause dans les combats, une fois terminée, n’a rien changé aux intentions de l’armée achéenne. Agamemnon est d’autant plus déterminé à voir Troie brûler. Du Nord, est descendue sur nous une armée d’Amazones fidèle à la couronne troyenne, avec à leur tête la reine Penthésilée; et du Sud est arrivé le grand Memnon et ses guerriers noirs. Nous avons perdu beaucoup de bons hommes et nos ressources s’amenuisent de jour en jour. Qui sait combien de temps encore pourra tenir Troie à l’abri de ses hauts remparts!
 
Pour ma part, je combats jour après jour, comme un mort-vivant, et la nuit je me rends sur le tombeau de Patrocle, qui sera aussi mon tombeau. Parfois, je me réfugie dans les bras de Briséis. Agamemnon me l’avait rendue après la mort d’Hector, mais je la blâmais pour le sort de Patrocle et je refusais de la revoir. Depuis la visite de Priam, je sais que je me trompais. Elle aussi est une victime de cette destinée cruelle, elle aussi a perdu un être cher en Patrocle. Briséis est mon ultime réconfort, mais même la douceur de ses bras ne pourrait me retenir dans cette existence que je souhaite toujours, de tout cœur, quitter en combattant, pour rejoindre le séjour des morts… et Patrocle.
 
Que le bon œil t’accompagne, amie!
 
Achille


Très cher Achille,

Je suis touché par ton message et je suis d'autant plus contente d'avoir de tes nouvelles.

Ma fille va très bien. Elle est maintenant âgée de dix ans. Elle change rapidement et je vois en elle une jeune fille curieuse qui aime rire et profiter de la vie.

À quel âge pouvaient se marier les filles en ton temps? Car maintenant les filles doivent être âgées d'au moins dix-huit ans dans mon pays. Maintenant, nous pouvons choisir quand nous marier; même, certain ne se marient pas. Ils habitent ensemble, font des enfants sans union officielle devant un prêtre. À une certaine période je sais que ce n'étais pas permis car les enfants de cette union étaient maudits, mais plus maintenant.

Pour ma part j'habite encore seule avec ma fille. Mais je fréquente un homme depuis bientôt quatre ans... Je crois qu'il tient beaucoup à moi et sa présence me rassure. Je suis bien quand je suis avec lui, mais il n'habite pas dans la même ville que moi alors on se voit peu. Mais nous profitons de chaque instant que la vie nous donne. Je dois aussi me trouver un autre emploi, disons que les temps sont un peu plus difficiles ces temps-ci, mais quand l'hiver sera enfin terminé je vais ravoir un emploi comme serveuse. J'ai hâte de reprendre le travail: ça me manque de voir des personnes qui veulent se changer les idée tout en prenant une bonne bière ou du vin et parler de tout et de rien. Sans que tout soit compliqué... Et aussi, en travaillant, je fais plus d'argent pour acheter la nourriture et les vêtements. Une chance que mon amoureux soit là pour m'aider à subvenir à ces besoins car je ne sais pas comment je ferais sans lui.

Alors en attendant je réfléchis aux dernières année de ma vie et je sais qu'un nouveau chapitre va commencer pour moi. Mais le temps est long; j'ai hâte que ça bouge, moi aussi. Quelquefois je me sens comme une morte vivante qui attend enfin d'avoir une révélation sur son destin... Je ne sais pas ce que me réservent les prochains mois, mais je veux simplement être bien. J'ai hâte que cela arrive... J'ai l'impression parfois que je passe à côté de quelque chose d'important que je suis destinée à faire, mais je ne sais pas quoi... Quel est le métier qui serait pour moi? Je ne sais pas... J'attends un signe...

Tu m'avais fait part, oui, que tu avais eu ta vengeance sur Hector. C'est un bon geste de ta part d'avoir rendu à Priam le corps de son défunt fils. Et je comprends un peu pourquoi il est allé te voir sans arme. Il avait déjà tout perdu. Qu'est-ce qu'il avait de plus à perdre? Plus de fils pour le succéder, et il savait aussi que malgré tout tu comprendrais sa peine. Je sais que vous avez un code d'honneur et le deuil est une chose très importante, même en temps de guerre. Je te trouve très honorable, très cher Achille, d'avoir laissé à ce vieil homme la chance de faire le deuil de son fils. Quand il est allé te voir seul, c'était en tant qu'homme et non en tant qu'ennemi. Durant un instant deux hommes blessés se sont regardés dans les yeux et se sont pardonné tant de peine. Vous vous êtes parlé avec votre âme.

Achille, tu dois être tellement fatiguer de combattre! J'imagine qu'après avoir vu tant de souffrance cela devient banal... Je te trouve très courageux, mon ami! Je pense à toi et j'espère que cela t'aidera à enlever un peu de mal de vivre...

Je t'envoie un doux baiser,

Marianne


Salut à toi, Marianne aux belles joues!
 
Beaucoup de femmes ne voient leur mari que très rarement, puisque ceux-ci doivent parfois chercher du travail à l’extérieur des limites de la cité. L’été, ce sont les campagnes militaires et nombreux sont les époux qui ne reviennent jamais au foyer. Je peux très bien concevoir que la vie n’est pas facile pour les femmes qui restent et doivent, seules, subvenir aux besoins de leur famille. Ce sont alors les enfants les plus âgés qui aident la mère en allant travailler. Ta fille, si elle vivait dans ma cité natale, travaillerait durement depuis de nombreuses années déjà.
 
Il n’y a pas d’âge précis pour se marier, d’autant plus que beaucoup de femmes n’ont qu’une idée approximative de leur âge. À partir du moment où une fille devient fertile, elle peut devenir une épouse. Déidamie avait quinze ans lorsqu’elle a mis mon fils au monde. Nous nous sommes mariés longtemps après la naissance de notre enfant, puisque notre liaison était secrète.
 
Trouver sa voie n’est pas chose aisée, douce Marianne. D’autant plus que, lorsqu’on l’a trouvée, on se rend souvent compte, après y avoir longtemps marché, qu’on s’est trompé.
 
Oui, amie, je suis fatigué de combattre et j’aspire à la mort éclatante. Tes lettres, pensées et baisers sont un baume pour mon cœur.
 
Achille


Salut Achille,

Ces temps-ci je me pose de sérieuses question sur l'origine de l'homme... D'où vient-on au juste? Les personnes de mon temps nous ont caché certaines choses essentielles que nous devrions connaître. Est-ce que les pyramides ont un rapport direct avec les dieux de ton temps? Je suis vraiment emmêlée, mon ami. Je sais que la vie que nous menons en mon temps cache des choses... Même s'ils essaient probablement de nous faire croire que la réalité est dans notre imagination. Voudrais-tu, Achille, me raconter l'origine de l'homme.?

Et toi, mon bon ami, comment te portes-tu?

Marianne


Salutations, ô Marianne!
 
Aucun être humain n’est à l’abri du genre de questions que tu te poses. D’où vient-on et pourquoi sommes-nous sur terre? Ah… sais-tu combien d’hommes et de femmes se sont posé ces mêmes questions avant toi? Moi-même, à un moment ou un autre de ma vie, j’ai contemplé avidement ces abîmes existentiels.

Chez moi, on raconte que l’être humain est un enfant de Gaia, la Terre, la Nature. Nous nous serions formés dans sa chair imbibée d’eau et chauffée par le soleil. Cette explication me fait sourire, car je sais que les hommes ne sont pas des plantes, mais il y a probablement du vrai dans cette légende. Selon moi, nos origines sont les mêmes que tout ce qui erre à la surface de la terre, poissons, oiseaux, chiens, cerfs, insectes, plantes… Il y a beaucoup d’autres légendes sur nos origines qui circulent, on dirait que chaque peuple a les siennes, preuve que tous les humains se posent la même question. Cependant, les légendes proviennent principalement des aèdes. Peut-on se fier à leur parole, eux qui sacrifient sans remords la vérité au profit de la poésie?

Je sais que le symbole de la pyramide est associé aux vieux dieux de l’Égyptos, mais cette civilisation a prouvé par son déclin que ses divinités à têtes d’animaux n’avaient aucun pouvoir réel. Peut-être est-ce le destin de mes propres dieux, peut-être qu’un jour les hommes se moqueront de Zeus…

De nos jours, c’est-à-dire des miens, on dit que les devins peuvent lire les pensées secrètes des immortels. Encore là, je pose la question: peut-on se fier à leur parole? Leur intérêt est toujours pécuniaire ou sécuritaire. Personnellement, je me tiens loin des hommes qui prétendent connaître des grandes vérités cachées. Les devins, lorsqu’ils tombent juste, on les loue, et s’ils se trompent, on oublie vite leurs échecs. Je crois que ce sont tous des charlatans, qui parfois devinent juste.

Je me questionne davantage sur l’avenir, sur l’endroit où nous allons. Et je crois que la réponse est: sous terre. Nous retournerons à Gaia et, dans ses replis nourriciers, nous oublierons la cruauté de la vie. D’ici là, profite de chaque moment, chère amie, apprécie chaque petit plaisir, car je sais d’expérience que nous perdons tout dans cette existence, jusqu’à ce que, comme une clémence, nous perdions enfin le souffle.

L’arrivée de l’aube aux doigts de rose se presse dans le ciel et je n’ai pas fermé l’œil de la nuit. Dans quelques instants, je repars au combat. Peut-être est-ce le jour où j’aurai enfin une réponse à ma question, à savoir où nous allons après la mort.

Je bois un dernier gobelet de vin à ta santé, à l’instant présent et à l’amour!

Achille  


Allô Achille,

Désolée, j'ai été longue à répondre mais je voulais seulement te dire que tout s'arrange finalement. Je me suis trouvé un emploi. Ma période noire est terminée! Je suis vraiment heureuse que les dieux aient enfin pensé à me récompenser!

Toi, comment vas-tu, mon ami?

Je dois te laisser: je suis au travail. Mais je t'envoie une douce pensée. Prends soin de toi, mon cher Achille!

Marianne



Salut à toi, douce Marianne!

Je suis très heureux d’apprendre que ta situation s’améliore. Quelle injustice, si une femme telle que toi devait subir inlassablement des maux! Cependant, prends garde aux bienfaits des dieux, car souvent ils donnent d’une main pour mieux reprendre de l’autre. Oh, pardonne-moi mon amertume envers les Immortels, mais ils m’ont tant pris que je ne parviens pas à les voir autrement que comme des brutes se réjouissant des malheurs des êtres humains.

Puisses-tu toujours conserver ta joie de vivre!

Ton ami,

Achille



Bonjour à toi Achille,

Oui, je sais qu'ils peuvent souvent nous enlever notre bonheur... depuis que je suis jeune tout tourne souvent au vinaigre alors je profite de chaque petit bonheur en sachant très bien que tout peut basculer... Mais j'ai eu ma part de malheur alors espérons à quelques années de bonheur! Mais en amour c'est toujours compliqué alors, comme on dit, on ne peut pas tout avoir dans la vie...

Prend soin de toi, mon ami .


Douce Marianne,

J’admire ta confiance en l’avenir et ton espoir d’être heureuse. Je te souhaite beaucoup de bonne fortune.

Pour ce qui est de l’amour, je ne crois pas que ce soit réellement compliqué. Ce sont les relations et les situations qui le sont, mais l’amour en tant que tel, le sentiment, l’émotion, est simple. Tu aimes ou tu n’aimes pas.

Sois forte, amie!

Achille



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