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Très noble Achille,
Notre
temps, dont tu as quelques impressions au travers des messages et des
dialogues avec mes contemporains, est celui d'une course permanente non
vers l'honneur et la gloire mais vers des objectifs plus prosaïques,
pour beaucoup la simple subsistance et la perpétuation de nos lignées,
pour d'autres l'accumulation de richesses matérielles. Nous sommes très
jeunes confrontés à des choix de vie, à des comportements qui, bien
qu'ayant des rapports certains avec tes combats car dirigés vers le
pouvoir, ne nous laissent que peu de temps pour l'étude de tes glorieux
faits d'armes.
Certes est passée, à travers les siècles et les
modes, la légende relatée par Homère des malheurs du roi de Sparte
Ménélas et de sa trop belle épouse, de l'intervention de l'Atride
Agamemnon qui voulut rallier les Grecs contre Troie la majestueuse et
bien sûr des extraordinaires et héroïques actions que tu as menées
contre les troupes du roi Priam et Hector.
Ces chants sont
regroupés dans ce que nous nommons l'Iliade et l'Odyssée, d'autres nous
ont été transmis par l'Énéide de Virgile mais pourrais-tu me conseiller
d'autres lectures édifiantes sur ta jeunesse, les causes de la Guerre
voulue par les Atrides contre Ilion et les quelque dix années que dura
ce conflit?
Merci de tes réponses grand Roi et quand le fourbe
Agamemnon t'aura rendu Briséis aux belles joues, je te souhaite de
partager avec elle les moments de douceur et de bonheur que nous
appelons le repos du guerrier.
Jacques
Salut à toi, ô Jacques le savant!
Je voudrais que tous les messages que je reçois soient aussi plaisants
que le tien. Je voudrais aussi pouvoir t'apporter une réponse
quelconque, hélas, j'en suis incapable. Pour l'instant, ni ce Homère,
ni ce Virgile n'ont encore chanté mes exploits. Ceux qui le font, ces
aèdes ambulants aux non moins belles voix, n'ont guère quitté la côte
et ma gloire n'a, pour l'instant, qu'une faible résonnance. Tu devrais
questionner mes descendants. Peut-être ont-ils conservé mes exploits
par écrit?
Je t'apprends que Briséis m'a été rendue il y a quelques temps de la
main d'Agamemnon, qui m'a aussi offert de nombreux autres présents.
Pourtant tout cela ne m'importe plus. Ni la gloire, ni la richesse ne
me portent plus au combat. Seule la vengeance anime mon bras et
terrasse la race fourbe qui osa envoyer chez l'Hadès le meilleur
d'entre tous, Patrocle.
Que les dieux veillent sur ta grande tête!
Achille
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